[Suède] Attaque incendiaire contre Vinci – Malmö, 8 novembre 2012

Malmö (Suède) : Attaque incendiaire contre une entreprise de sécurité Vinci

Le 8 novembre une voiture de l’entreprise de sécurité skansk larmtjanst a été incendiée à Malmö en Suède.

Skansk larmtjanst fait partie de l’énorme entreprise de construction Vinci. L’attaque a été menée en solidarité avec la ZAD, une lutte contre le projet d’aéroport autour de Nantes, en France, où l’état français et Vinci essaient de construire un grand aéroport. Ca a aussi été fait par haine de la société et par amour de l’anarchisme

VINCI DEGAGE (NdT : en français dans le texte)

Traduit de l’anglais de 325 par Brèves du Désordre, 5 Décembre 2012

[Suède] Retour critique sur le camp No Border de Stockholm

Un camp contre les frontières et les politiques de contrôle et de répression des migrations s’est tenu du 17 au 24 juin à Akalla, dans la banlieue nord de Stockholm. Les camps no borders sont l’occasion pour des activistes des quatre coins de l’Europe (et du monde) de se retrouver pour échanger des expériences, discuter, partager des pratiques et mener des actions contre les structures du pouvoir responsables de la répression à l’égard des migrant.e.s. Le camp de Stockholm, comme la plupart des camps no borders, a réuni entre 400 et 500 personnes.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Le camp de Stockholm, construit sur un champ en périphérie de la ville, était constitué d’un certain nombre d’espaces collectifs permettant d’organiser la vie du camp et de réaliser nos principes auto-gestionnaires : tentes collectives (assemblées et workshops), tente info (accueil et information), roulotte juridique (support juridique/solidarité), tente médicale (support médical), tente trauma (support psychologique), tente cuisine (vegan) et tables repas, établi vaisselle (avec compost et évacuation des eaux), toilettes sèches, toilettes « mouillées », lavabos et douches (avec évacuation des eaux), container à outils, espace pour le feu, « local poubelles ». L’autogestion fonctionne relativement bien, avec l’expérience acquise des nombreux camps précédents, chacun étant amené à prendre part aux tâches collectives (construction, évacuation des déchets, sécurité du camp, vaisselle, modération des discussions, partage des informations…).

Entrée du camp

L’une des tentes AG & workshops

Le programme des ateliers était particulièrement riche, même si nombre d’ateliers se chevauchaient et que les actions et leurs conséquences en terme de répression ont souvent nécessité le report ou l’annulation de certains ateliers. Le contenu des réflexions s’enrichit d’année en année en fonction de l’évolution de la situation politique en Europe, prenant en compte un grand nombre de questions relatives à notre condition d’européens, majoritairement blancs de peau et de classe moyenne : les rapports de domination et les structures de pouvoir, la « blanchitude » (whiteness) et le racisme inhérent à notre société, le sexisme et les questions de genres, nos privilèges et le paradoxe d’être anarchiste en société capitaliste, les normes et le folklore anarchistes…

Le camp no borders est surtout l’occasion d’effectuer un inventaire des évolutions politiques aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, en croisant les récits et témoignages de ceux et celles qui s’y sont rendus ou qui partagent le quotidien et les luttes de migrant.e.s. A Stockholm, on a donc eu la possibilité de parler de la situation des migrant.e.s et des frontières en Grèce, en France, en Allemagne, en Espagne, au Mexique, de la situation des rroms à Helsinki et ailleurs, des camps no borders passés et à venir (Lesvos, Calais, Bruxelles, Bulgarie, Cologne), des différentes luttes et résistances de sans papiers, de la façon dont nos ennemis se renforcent, de technologies de contrôle et de surveillance, des formes et progrès des moyens répressifs déployés par l’Europe… 

La tente info

La tente de la medical-team

CRITIQUES GENERALES

Malgré la qualité des ateliers et des discussions, qui ont été particulièrement riches, le camp de Stockholm a manqué cruellement de débriefings et de retours critiques sur les actions réalisées durant le camp et leurs conséquences. Le temps du camp ayant été ponctué d’actions et de manifestations dans différents lieux de la capitale suédoise, ses participants ont subi à plusieurs reprises la répression des pouvoirs locaux, un certain nombre ayant été contrôlés et interpellés. A plusieurs moment, notamment lors des actions des 16, 17, 19, 21 et 23, des personnes ont été arrêtées, le plus souvent sans motif valable et parfois dans des circonstances de tension avec la police. Trois personnes restent actuellement en détention pour « tentative de violence sur agent », « résistance violente », « émeute avec violence », « résistance à l’arrestation ». Au regard de cette répression, qui a vu le déploiement d’unités cynophiles, d’une unité antiterroriste cagoulée (dimanche 17 juin) et la menace de la part d’un flic en civil au moyen d’une arme à feu (mardi 19 juin), il aurait été indispensable que les participants au camp prennent le temps de débriefer et qu’une véritable stratégie collective soit adoptée pour répondre proportionnellement aux différentes attaques de la police.

La répression policière et judiciaire fait partie intégrante des thématiques de réflexions qui nous ont amenées à Stockholm. N’oublions pas que nous subissons actuellement les conséquences des orientations ultra-sécuritaires adoptées par le conseil européen dans le cadre du programme de Stockholm pour la période 2010-2014. C’est pourquoi, il serait indispensable d’obtenir un consensus au sein du réseau no border relatif à notre positionnement vis-à-vis des institutions qui nous oppressent et notamment de la police. Beaucoup trop de participants aux camps considèrent encore les policiers comme des « personnes à convaincre » et entretiennent avec eux des relations cordiales qui participent à nous affaiblir. Cette relation ambiguë de la part de certains avec l’ennemi doit être considérée comme une forme de collaboration vis-à-vis de laquelle nous devons nous positionner. Nous étions un certain nombre à ne pas supporter cette complicité ostentatoire avec ceux qui nous répriment et qui ont amenés certains de nos camarades en prison. Dans une lutte, il faut savoir choisir son camp, la barricade n’a que deux côtés !

La cuisine

CE QU’IMPLIQUE L’« AWARENESS »

Il a beaucoup été question lors du camp no border de Stockholm d’ « awareness ». L’awareness signifie qu’on est conscient de notre condition et qu’on agit en conscience par rapport à notre position de privilégié.e.s, qu’on garde à l’esprit en permanence le fait d’appartenir au groupe des « dominant.e.s » (en tant que blanc.he.s, en tant qu’européen.ne.s, en tant que personnes de classes moyennes, mais aussi souvent en tant que mâle). Cette prise de conscience implique un positionnement idéologique clair et respectueux à l’égard de ce.lleux avec qui on prétend lutter, pour que notre lutte ne prenne pas la forme paternaliste de la protection et de l’assistanat : on ne lutte pas « pour » mais « avec » les migrant.e.s.

Cette prise de conscience à beaucoup d’implications dans la manière dont nous devons lutter. A Stockholm, comme dans les autres camps no borders, cette prise de conscience n’était pas réellement accomplie, comme en témoignent les faits suivants :

  • La forme-camp est un microcosme, un entre-soi confortable : une même catégorie sociale (white middle class) y partage des valeurs communes, à l’écart des autres catégories sociales. Les décisions qui y sont prises n’impliquent que ceux qui en sont partie et la manière d’y vivre sont propres à la population qui y vit (exemple : les toilettes sèches sont partie intégrante de la manière de vivre occidentale. En orient on se nettoie le derrière avec de l’eau).
  • Le fait de posséder des papiers est vécu comme une sécurité et les personnes sans-papiers sont placées « sous la protection » des avec-papiers : l’action directe et la radicalité sont rejetées au motif qu’il ne faut pas « mettre en danger » les sans-papiers. Au lieu de considérer la distinction entre « action radicale » et « action modérée » au regard de la nécessaire diversité des tactiques, on donne du crédit à l’opposition « avec-papiers » et « sans-papiers », participant ainsi aux structures de domination (coloniales) que nous prétendons combattre, en niant le désir de radicalité des personnes avec (pour?) qui nous prétendons lutter.
  • Notre situation de privilégié.e.s (en tant que white middle class) nous permet de disputer certaines questions qui nous paraissent primordiales (comme la nudité, l’apparence physique et la liberté sexuelle), en dépit de leur caractère secondaire, voire futile dans le contexte actuel (s’attaquer à certaines oppressions particulières dans un contexte d’oppression généralisée est un privilège réservé à ce.lleux qui bénéficient d’un certain confort et ne subissent qu’une violence occasionnelle ou tout au moins relative).

Tente trauma et tentes AG / workshops

Aire de silence

Être conscients de notre condition en tant que white middle class ne signifie pas qu’il nous faut cesser de lutter, bien au contraire. Pour autant, il faut cesser absolument de se sentir coupable d’être ce que nous sommes et de jouer le jeu de la ségrégation au nom de la pureté idéologique. Ce n’est pas parce qu’on est blanc.he.s qu’on ne peut lutter au côté des noir.e.s, et ce n’est pas parce qu’on est né.e.s blanc.he.s qu’on doit s’en excuser et faire semblant d’être noir(e). Tout ce qui contribue à cela constitue une mystification idéologique. En tant que blanc.he.s conscientisé.e.s ou en voie de « conscientisation », nous avons d’autant plus de raisons de lutter contre les structures de domination et la société blanches (également capitalistes, bourgeoises et occidentales).

Notre awareness n’implique pas qu’on détruise ce qu’il y a de « dominant » en nous (et nos privilèges/libertés du même coup), ce qui est impossible, mais qu’on tire profit de cette prise de conscience pour déconstruire activement les structures qui sont à l’origine des rapports de domination dont nous faisons partie, afin que ces privilèges/libertés puissent bénéficier à tous et qu’il n’y ai plus de « dominé.e.s ».

Le coin toilette

Le coin vaisselle

Toilettes sèches

UN PRIVILEGE DE DOMINANTS : L’AUTO-VICTIMISATION

En cela, le camp no borders nous a apporté un magnifique exemple. Au troisième jour du camp, un groupe venu d’Allemagne, ou les débats autour de la résilience et de la responsabilité collective sont très vifs depuis la seconde guerre mondiale, a demandé à ce que les hommes du camps (ou tout au moins les corps masculinisés) n’enlèvent pas leurs tee-shirts. Cette demande faisait suite à l’offense vécue par certaines personnes à la vue de corps masculins dénudés, nudité qui constitue un privilège masculin et qui est vécue comme une agression par ce.lleux qui ne bénéficient pas de ce privilège. Durant deux jours, les débats du camp se sont focalisés autour de la demande de ce groupe, qui a adopté une posture radicale en demandant l’exclusion du camp des personnes à l’origine du conflit, à savoir les « hommes » qui avaient enlevé leur haut.

Pour faire valoir la légitimité de leur demande, ce groupe et ses soutiens ont brandi le concept du « power of definition » comme arme. Ce concept vise à assurer aux personnes qui se sentent victimes la solidarité et le soutien non négociable de la collectivité. Il consiste à donner à la victime le pouvoir qui lui est dénié du fait de sa position de dominé(e) et d’empêcher à l’agresseur.euse (dominant.e) d’exercer davantage sa domination : on donne droit et corps au ressenti de la victime par rapport aux arguments de son agresseur.euse.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Mais toute l’ambiguité de ce concept réside dans l’honnêteté supposée de la victime. Il ne peut y avoir de postulat selon lequel la victime a toujours raison. Et surtout, il ne peut pas être admis que la victime, quand bien même elle serait vraiment blessée dans son âme et dans sa chair, prenne un pouvoir sur quiconque. Le « power of definition » est utilisé dans ce contexte comme un outil pour inverser les rapports de domination, et non comme moyen d’abolir le statut de dominé(e). Se construire une identité de victime permet alors de prendre le pouvoir, recours bien souvent utilisé par les « dominant.e.s » pour légitimer leur besoin de reconnaissance et inscrire leur lutte pour le renversement du pouvoir dans la lutte, plus défendable, pour l’abolition des privilèges.

Dans le cadre du camp de Stockholm, ce paradoxe prend toute son importance : un groupe de personnes majoritairement dominant.e.s (white middle class, ou tout au moins occidental middle class) s’est construit une identité collective de victimes (en tant que femmes), pour demander l’instauration de règles castratrices, afin d’abolir ce qui est perçu comme un privilège, alors qu’il s’agit de libertés pour laquelle chacun(e) devrait se battre. Certaines personnes féminines du camps l’ont bien compris et ont enlevé leur tee-shirts en signe de protestation : quand on veut, on peut. Sans compter que tous les hommes ne sont pas forcément à l’aise pour ôter leur tee-shirt. C’est avant tout une gêne personnelle, quand bien même cette gêne est générée par toutes sortes de rapports dominant.e.s/dominé.e.s inhérents à la société.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Les messages des détenus du centre de rétention de Marsta : « HELP » / « FREEDOM » / « DETRUISEZ TOUTES LES PRISONS »

Se construire en tant que victime fait appel au ressenti, à l’intimité, et non plus au politique. La blessure vécue est présentée comme une violence irréparable, et son auteur comme un ennemi à bânnir. Faire appel à la collectivité pour régler un problème personnel est un procédé autoritaire et automutilatoire, visant à expurger publiquement des émotions qu’on ne parvient pas à négocier en privé. L’une des dérives possibles de ce type de recours est l’imposition d’un ordre moral : si chaque personne se sentant victime fait appel à la collectivité pour résoudre des problèmes d’ordre intime, notamment en établissant des règles à tour de bras pour satisfaire les appréhensions et les angoisses de chacun, libératrices pour certains, oppressives pour une majorité, on aboutit sur une société totalitaire.

Au final, cette discussion n’aura pas abouti sur un consensus : le camp se refusant à imposer l’interdiction du torse nu et à bannir qui que ce soit pour ce motif, le groupe qui a soulevé cette question a préféré quitter le camp en affirmant qu’il n’y « avait aucune compréhension pour l’anti sexisme » dans ce camp.

Quelques destructions suite à la manifestation de solidarité devant la prison de Solletuna où sont détenus trois camarades

LE PARADOXE D’ETRE ANARCHISTE DANS LA LUTTE EN FAVEUR DES MIGRANT.E.S

Au cours de ce camp, on a également soulevé la difficulté de jongler entre nos principes anarchistes et la nécessité d’accompagner les migrant.e.s et demandeur.euses d’asile dans leurs démarches pour intégrer le système. Lorsqu’on s’engage auprès des migrant.e.s, il arrive bien souvent qu’on soit contraint de transiger avec nombre de nos valeurs : sur la question du sexisme justement, ou encore de la xénophobie, du rapport à la société marchande, aux traditions, au travail, à l’État… Les personnes qu’on soutient sont rarement anarchistes et ne comprennent pas le plus souvent nos modes de vie. Comme la majorité de la population, ils et elles cherchent à « s’intégrer », fonder une famille, trouver du travail, bénéficier d’un bon salaire, acquérir des biens et une propriété, choisir leurs représentants et faire allégeance aux lois démocratiques. Par ailleurs, ils/elles restent généralement attaché.e.s à des valeurs traditionnelles, qui sont souvent machistes et patriarcales, et entretiennent des préjugés à l’égard des autres peuples, si ce n’est un racisme ostensible.

Lorsqu’on est confronté à cela, c’est parfois nécessaire d’adopter une stratégie. Changer les mentalités n’est pas chose facile, chacun le sait. Le premier défi auquel on est confronté, c’est souvent la honte que les migrant.e.s ressentent vis-à-vis de leur condition, du fait d’être montré.e.s du doigt comme « hors-la-loi » et d’être contraints de violer la loi pour survivre. En tant qu’anarchistes, nous assumons nos pratiques illégales et même nous les revendiquons, ce qui est loin d’être le cas pour tous. Récupérer dans les poubelles, squatter, voler, frauder, vendre à la sauvette, se cacher des flics, sont des pratiques de survie que les migrant.e.s ont adopté par défaut. Ce sont des pratiques que nous adoptons par conviction politique. En tant qu’anarchistes, notre première tâche doit donc être de déconstruire le légalisme, de faire prendre conscience aux migrant.e.s qu’on soutient que l’illégalité se défend, que l’illégalisme est une forme de résistance légitime face à un système qui produit des règles injustes et destructrices. Il faut aider les migrant.e.s à se décomplexer vis-à-vis de la loi, en partageant nos pratiques illégales et en mettant l’accent sur des principes et valeurs que nous partageons tous. Le plus important est de garder à l’esprit le principe de légitimité : on peut se permettre beaucoup de choses tant qu’on reste légitime à le faire.

Une fois que cette étape est franchie et que les migrant.e.s assument le fait d’être « hors-la-loi » et qu’ils deviennent nos complices et nous les leurs, c’est que le rapport de domination instauré entre nous par la loi a été en partie aboli ou que tout au moins il ne nous empêche plus de partager nos pratiques. Une fois cette complicité établie, la confiance mutuelle suit et il devient alors possible de discuter de nos divergences idéologiques sans que cela ne nuise à nos relations. En général, le rapport de confiance aide à agir sur l’opinion d’autrui : l’affectif qui s’instaure devient plus fort que les rapports de pouvoir qui nous opposent du fait de notre condition sociale. Vulgairement : les migrant.e.s considèrent désormais qu’on est dans leur camp et leur méfiance disparaît. C’est à ce moment seulement qu’on peut entreprendre des choses ensemble : c’est la condition essentielle pour que notre action soit véritablement collective et pour qu’elle se distingue de celle menée par les humanitaires et les associatifs. On lutte en leur faveur avant tout s’ils sont d’accord qu’on le fasse.

Portraits de flics devant le centre de rétention de Marsta

Et lorsque nous sommes amenés à accompagner les migrant.e.s dans leurs démarches administratives, il devient plus facile de pointer ensemble les incohérences du système et même, s’il y a vraiment une confiance mutuelle, de construire ensemble des stratégies de résistance. A cet instant, il n’est plus seulement question pour les migrant.e.s de se faire accepter, mais de faire valoir des droits en toute légitimité, de revendiquer leur droit à réaliser leurs projets de vie au même titre que nous. Et lorsqu’on lutte ensemble avec cette vision commune, la distinction entre « eux » et « nous » disparaît : ce n’est pas l’obtention des papiers qui les fait « accéder à notre monde » mais la lutte qui leur fait prendre conscience que nous « sommes déjà du même monde » et que les frontières entre nous sont fictives. C’est plus ou moins ce qu’on appelle « autodétermination », lorsqu’une personne ou un groupe de personnes se choisit sa destinée, sans se soucier des limites préétablies par les structures de pouvoir existantes.

Défendre et promouvoir l’illégalisme, se déculpabiliser, sont donc des moyens de lutter avec les personnes migrantes contre un système qui nous criminalise tous. Il n’est donc pas paradoxal d’intégrer le système lorsqu’on est conscient(e) que ce n’est pas une issue de secours et qu’on œuvre à ce que les personnes qu’on aide à l’intégrer en sont conscient.e.s aussi.

Une fois cette conscience partagée, il ne reste qu’à faire preuve d’intégrité et lutter radicalement contre les structures de dominations, sans transiger avec l’ennemi et sans se persuader qu’on peut échapper à sa condition. En cela, l’antiracisme blanc des Weather Underground 1 2 peut servir d’exemple ou tout au moins fournir quelques pistes…

BRING THE WAR HOME !

Source: L’interstice, 28 juin 2012

[Suède] Résumés des 5ème et 6ème jours au camp No Border de Stockholm

No border stockholm : cinquième jour

Avait lieu ce jour une manifestation contre l’entreprise SAAB, compagnie de surveillance dont il est interdit de filmer les abords ou de prendre des photos du bâtiment qui abrite leurs activités sécuritaires. Tout le monde était donc invité à venir les filmer et les prendre en photos. Deux personnes, qui prenaient des photos d’une « zone interdite » ont été arrêtées, puis relâchées quelques heures plus tard à bonne distance dans des bois avoisinant Stockholm… C’est mieux que la garde-a-vue, mais c’est fatiguant, surtout quand les flics vous relâche exprès juste après le dernier bus.

Trois personnes sont toujours enfermées dans la prison de Sollentuna. Toujours pour les mêmes motifs crées de toute pièce: « tentative de violence sur agent », « résistance violente », « émeute avec violence », « résistance à l’arrestation ». Elles sont en attente de leur présentation devant un juge pour connaitre leur(s) chef(s) d inculpations, ou de leur procès. Une personne a été présenté au tribunal en chaise roulante, tellement les flics l’avait tabassée. La personne arrêtée pour « tag » en début de semaine est toujours enfermée. Elle va devoir attendre la semaine prochaine pour être présentée au juge, puis sans doute subir encore un délai de quinze jours avant son procès. Cette sévérité est due au fait qu’elle n’est pas suédoise, et que les autorités ne veulent pas qu’elle s’enfuit…

Se tenait hier sur le camp un repas avec des gens du quartier, une trentaine d’habitant-es sont venues discuter, nous rencontrer, et passer la soirée sur le camp.

No border stockholm : sixième jour

Journée marquée principalement par une manifestation de soutien aux quatre personnes enfermées à la prison de Sollentuna, située juste a coté du tribunal (cela doit être pratique). Cela rappelle les centres de rétention à côté des aéroports, les tribunaux administratifs dans les centres de rétentions… 80 personnes se mettent en route, prennent le métro, le train, sous les regards curieux des passants. A leur arrivée deux policiers « donne » l’autorisation de rester manifester, tant que les gens restent calmes… Ce jour une samba accompagne la troupe qui s’est transmutée en black block en quelques secondes à la descente du train. Des caméras qui surveillent les abords du bâtiment sont tournées vers le ciel, des civils investissent « discrètement » les lieux. Ce jour lendemain du solstice d’été est férié en Suède. C’est donc pour certaines personnes un maigre plaisir que d’imaginer que les flics qui débarquent petit à petit ont été interrompu dans leur repos estival, et le coût supplémentaire que cela représentera pour l’Etat Suédois. Des passants sont interpellés par cette agitation et demandent ce qu’ils se passent. Des explications leurs sont données sur le camp en cours, la répression, et les camarades enfermés. Une famille restera un temps afin de montrer à ses enfants comment se déroule une manifestation, parce que c’est important d’apprendre ce genre de choses. On entend quelqu’un crier : « Vous avez oublié le bazooka ! ». Dans ce quartier très populaire, des jeunes se mêlent aux activistes, d’autres suivent à distance. Le bâtiment est très moderne : aucun barreau, aucune barrière. Presque aucun mur non plus, car toutes les hauteurs sont vitrés. Pour peu on pourrait croire qu’il renferme des bureaux, certes sécurisés, mais pas des êtres humains. La manifestation tourne autour de la prison high tech, sans vraiment savoir si les prisonniers peuvent l’entendre. Finalement, une poignée d’individus masqués s’attaqueront au tapis de pelouse disposé en contrefort des murs. Un acte qui tient plus du défouloir que d’autre chose, mais il n’est pas question que cette manifestation puisse donner plus de prétextes ou de ressentiments aux autorités suédoises et leurs chiens vis-à-vis des activistes en attente de leur procès. Au bout d’une heure « à tourner en rond », le groupe s’engouffre entre deux tours HLM et s’en va d’où il est venu, laissant derrière lui le tableau un parterre défoncé. Encore une fois, peut-être la « presque nuit » pourra-t-elle être plus propice à plus de choses…

Feu à toutes les prisons !
Freedom for all !

Indymedia Lille, 23 juin 2012

Les 3 premiers jours résumés ici

[Suède] Résumé de la troisième journée au camp No Border de Stockholm

No Border Stockholm : troisième jour

troisième jour du camp

Journée d’action contre G4S, entreprise de sécurité en contrat dans de nombreux pays, fournisseur privé de matériel de surveillance ainsi que de matons et autres vigiles en tout genre. Lorsque la manifestation se met en route du camp, à peine a-t-elle fait 200 mètres dans les bois que deux flics en civil ont l’indélicatesse, l’arrogance, la stupidité, de se montrer derrière le groupe d une soixantaine de personnes. Au bout de quelques minutes de « réflexion », un groupe décide de les pourchasser. Les flics reculent, ils semblent ne pas y croire en voyant un attroupement d une trentaine de personne déferler vers eux, une sorte de « tsunami noir ». Réalisant ce qu’il pourrait se passer si la vague les atteignait, ils rebroussent chemin, mais pas assez vite. A quelques mètres du contact, l un d entre eux sort son arme. Moment d hésitation dans la vague. Il la pointe vers le ciel, calmant les ardeurs. Ils partent, sans autre heurt qu’une bonne frayeur. Maintenant ils doivent savoir ce que cela fait, que d être pourchasser pour des personnes qui ne vous veulent aucun bien…

Devant cet élan de testostérone, des personnes décident de quitter ces encagoulés, qui ont choisi une stratégie bien claire pour cette journée. Débarrassés des encombrants suiveurs, ils poursuivent leur route jusqu’a une station de métro, et tombent nez a nez avec un groupe de flics, en très, très, très grande forme (au sens littérale). Des molosses, des colosses, des monstres. Ces derniers ne mouftent pas, mais les suivent… Le rapport de force n étant cette fois pas en leur faveur, certaines personnes font demi tour. Le groupe se sépare donc, mais ne pourra jamais atteindre son objectif, par ailleurs déjà barricadé par des hordes de CRS locaux. Rebrousser chemin s avère la décision la plus sage…

Dans la presque nuit suédoise (car ici il ne fait jamais nuit noire), une ou plusieurs personnes trébuche malencontreusement sur des bombes de peinture devant la façade des bureaux de G4S. On pourra lire :  » G4S kills by deportation » et « collaborators ». C’est quand même plus pratico-discret comme cela, diront certains…

Source: Indymedia Bruxsel, 21 juin 2012

Des comptes-rendus également de la première et de la deuxième journée