[Besançon] Les 24 caméras de surveillance, c’est pour bientôt….

Le 23 février dernier, la presse locale nous apprend que le conseil municipal de Besançon a voté le budget de 850.000 euros pour l’installation de 24 caméras de vidéosurveillance dans plusieurs quartiers de la ville et de l’embauche de 7 employés de la ville à temps plein qui travailleront derrière les écrans: 10 d’entre elles seront installées dans la boucle (espace commercial oblige), 4 dans le quartier Battant et 5 dans le quartier de la Grette (« les 408 ») et à Planoise. Elles s’ajoutent à celles déjà installées sur les édifices publics et privées (banques, tribunal…).

Quelques « citations » du maire PS prises de l’Est Répugnant du 22/02 dernier (qui se passent de commentaires mais qui en disent long…):

  • « Je suis maire de Besançon, donc responsable de la qualité de vie de cette ville et cette qualité passe par la sécurité »
  • « Je ne dis pas que l’insécurité a réellement augmenté, je dis que le sentiment d’insécurité n’a pas baissé. »
  • « Je m’attends à un certain nombre de critiques […] Les grandes positions idéologiques c’est bien, mais j’invite ceux qui les ont à venir habiter à Battant ou aux 408. »

L’inauguration de ces outils de surveillance est prochaine….(se tenir informer des dépêches de la presse locale) Mais en attendant, on peut enrayer la machine à contrôler par des gestes simples:

Comment? par le sabotage… les différents moyens et techniques ne manquent pas (en prenant les précautions nécessaires bien sûr..)

Vu à Besançon, ce 8 mai 2013:

Récemment, la caméra filmant l’entrée du rectorat de Besançon (mais pas que évidemment!) a été recouverte de peinture.. Un slogan contre cette société de surveillance a également été inscrit:

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Récemment, en Allemagne, le jeu Camover, créé en marge du Congrès de la police européenne qui s’est tenu du 16 au 20/02/2013, consistait à saboter le plus de caméras de vidéosurveillance. Petite illustration en vidéo

Transmis par mail, le 9 mai 2013

[Castres] Et par le mât, le dispositif de surveillance est hors-service – Quartier d’Aillot, soirée du 28 avril 2013

Castres. Aillot : vandalisme contre la vidéosurveillance

Castres

Le week end a été agité du côté du quartier d’Aillot à Castres avec plusieurs faits d’incivilités et de vandalisme qui ont débuté vendredi soir après un contrôle de police auquel s’est opposé un jeune homme. Les policiers s’étaient rendus sur place après une plainte pour tapage. Le garçon a été placé en garde à vue et sera jugé prochainement pour «outrages et rébellion». Mais dans la nuit qui a suivi, une voiture et quatre containers d’ordures ménagères ont été incendiés volontairement (notre édition d’hier). Des cailloux ont même été jetés en direction des pompiers venus sur place pour éteindre le sinistre.

Samedi soir, ce sont encore des poubelles qui ont brûlé.

Dimanche, vers 22h45, un nouveau feu de véhicule a été perpétré rue de Bretagne mais ce coup ci, les vandales avaient pris soin de casser les ampoules de plusieurs lampadaires d’éclairage public avant de s’en prendre au mât de support de deux caméras de vidéosurveillance.

Un ou plusieurs individus sont parvenus à forcer puis ouvrir une trappe situé au pied du mât et a allumer un feu à l’intérieur ce qui a mis hors service le dispositif de surveillance.

Les forces de police étaient présentes sur place et une enquête a été ouverte par le commissariat de Castres afin de déterminer l’identité des auteurs de ces violences.

Leur presse – LaDépêche.fr, 30/04/2013 à 08h07

[Mulhouse] Caméra de surveillance vandalisé et feux de voitures – Nuits des 1er, 2 et 3 avril 2013

Caméra vandalisée : une deuxième filme la scène

Depuis quelques jours, une caméra de vidéo-protection de la ville de Mulhouse, située rue Saint-Nazaire, subit des actes de vandalisme. Lundi soir, un groupe d’individus a installé, sous cette caméra, des pneus avant d’y mettre le feu. Une patrouille de police s’était rendue sur place, mais trop tard. Mardi soir, des cailloux ont été lancés sur l’installation. Cette fois, la scène a été filmée par une autre caméra, installée non loin. Une patrouille de la brigade anticriminalité du commissariat de Mulhouse s’est immédiatement rendue sur place et les policiers ont arrêté un jeune. Ce dernier a d’abord nié les faits en bloc. Sauf que devant les preuves qui lui ont été montrées, il a bien été obligé d’avouer. Surtout qu’il avait déjà été mis en cause pour le même type de faits, commis en décembre 2012. Les policiers ont également retrouvé sur lui un téléphone portable volé. Hier soir, ce Mulhousien de 18 ans était toujours en garde à vue au commissariat de Mulhouse.

Feux de voitures

Les pompiers ont éteint une voiture en feu, lundi vers 19 h, rue de Quimper à Mulhouse.

Dans la nuit de lundi à mardi, ils ont été appelés pour une autre voiture incendiée, rue de Turenne à Mulhouse.

Dans la nuit de mardi à mercredi, vers minuit, les pompiers d’Illzach se sont rendus pour les mêmes raisons, rue des Jonquilles, dans leur commune.

Leur presse – L’Alsace.fr, 04/04/2013 à 05h00

[Saint-Loup-sur-Semouse, 70] Une caméra de surveillance incendiée – Nuit du 18 au 19 avril 2013

CAMÉRA DE SURVEILLANCE DÉTRUITE PAR LE FEU

Saint-Loup-sur-Semouse. Une des caméras de surveillance située rue Pasteur, sur le bâtiment des Francas, près de l’école du Chanois, a été détruite par un incendie dans la nuit de jeudi à vendredi vers 1 h. C‘est à l’aide d’un pneu, attaché au pied de la caméra, que les flammes ont détruit l’appareil de surveillance. Ainsi l’acte paraît volontaire. Les pompiers ont maîtrisé les flammes.

Une enquête est ouverte par la communauté de brigades de Saint-Loup-sur-Semouse et un technicien d’investigation criminelle était hier sur place pour faire des relevés.

Leur presse locale – Est Répugnant, 20/04/2013 à 05h00

[Suisse] Genève sous surveillance

Un «Big Brother» va surveiller les Genevois

Le Conseil d’Etat vient de déposer un projet de loi visant à coordonner la vidéoprotection dans le canton. Des caméras vont être installées dans les rues pour lutter contre les infractions.

Des caméras de surveillance vont fleurir dans les rues de Genève. Le Conseil d’Etat dépose un projet de loi visant à coordonner la vidéoprotection dans le canton. Le Parlement est aussi appelé à voter un crédit de 1,9 million de francs pour en financer le système, qui devrait ensuite coûter un million par an.

«Il est temps de dépassionner le débat», a déclaré mardi devant les médias le conseiller d’Etat Pierre Maudet, en charge du Département de la sécurité. Si le parlement le suit, 21 caméras haute définition seront installées dans le quartier des Pâquis, une zone aux multiples facettes, afin de tester l’efficacité du système. Le Grand Conseil prendra connaissance du projet lors de sa prochaine session fin avril, mais il se prononcera ultérieurement.

Les infractions visées seront en particulier les violences contre les personnes et les atteintes au patrimoine, dont les incivilités. Orientables, les caméras seront d’ailleurs équipées d’un dispositif anti-vandalisme. La lutte contre le trafic de stupéfiants n’est concernée que dans une moindre mesure.

La vidéoprotection n’étant efficace qu’avec un traitement humain, comme l’a souligné M.Maudet, une centrale d’observation des images, complémentaire à la Centrale d’engagement, sera créée. Dotée de trois postes occupés par huit personnes qui se relaieront une bonne partie de la journée mais pas 24 heures sur 24, cette centrale aura une vocation proactive.

Efficacité

Ces agents de sécurité, spécialement formés pour assurer un traitement en temps réel, seront munis de murs d’images permettant de suivre jusqu’à 50 caméras par poste. L’objectif du dispositif est d’abord la prévention et la dissuasion, mais aussi la protection et l’aide à l’engagement.

«Nos forces pourront être utilisées de manière plus rationnelle. On saura tout de suite quel genre de patrouille envoyer», relève M.Maudet, qui note que ce projet s’inscrit dans le cadre de la réorganisation des forces de l’ordre et «s’associe parfaitement à la montée en puissance de la police de proximité».

De manière plus classique, les images constitueront également un soutien aux enquêteurs dans l’élucidation d’infractions. Si cette expérience est concluante, elle permettra à terme de gérer l’ensemble d’un dispositif cantonal, avec les communes souhaitant en bénéficier. Un bilan sera réalisé deux ans après la mise en service de la phase-test aux Pâquis, a précisé le magistrat.

Sans tabou

Certaines communes du canton disposent déjà de caméras. Leur usage n’est cependant pas proactif; il ne sert qu’à dissuader et aider à résoudre les infractions. Au Grand-Saconnex par exemple, les dégâts aux bâtiment communaux ont passé de 120’000 francs en 2006, année de l’installation de caméras sur ces immeubles, à 30’000 francs en 2009, a illustré M.Maudet.

«L’heure n’est plus aux clivages idéologiques gauche-droite du début. Les caméras se sont multipliées, dans les trains, les commerces. Les gens s’y sont habitués», a dit Pierre Maudet. Le conseiller d’Etat veut dès lors aborder ce projet sans tabou.

Les Genevois ne découvriront ainsi pas les caméras de surveillance avec cette loi, y compris dans le domaine public. Neuf avaient déjà été déployées dans la perspective de l’Eurofoot en 2008, et 25 sont exploitées dans le cadre du contrôle des sites diplomatiques. Il s’agira de les intégrer dans le concept.

Caméras privés

Les nombreuses caméras privées, dans les hôtels, les gares et autres établissements devraient aussi pouvoir être intégrées, a relevé Marc-Antoine Nissile, président des hôteliers genevois. Selon lui, la pose de caméras, notamment dans les lieux touristiques, est une nécessité face aux critiques de villes concurrentes sur le taux de criminalité à Genève.

Se référant à la solution adoptée par Munich, visitée par les autorités genevoises, Pierre Maudet pose la question de la mise en valeur des images issues de caméras privées, qui filment du reste aussi le domaine public. Les autorités bavaroises ont choisi l’option de doter la ville d’un minimum de caméras, mais d’avoir accès en permanence aux près de 5000 caméras privées.

A Genève, le flou existe encore quant à l’accès par la police aux caméras privées, sans compter le problème de compatibilité technique. Le magistrat libéral-radical ne veut s’épargner aucune discussion, pas même celle sur la durée de conservation des images.

Leur presse sécuritaire – 20min.ch (ATS), 09/04/2013 à 14h53

Les bureaux de ce sinistre personnage qu’est Maudet se sont faits pourrir à la peinture début février 2013 à Genève

[Etats-Unis] Sabotage de caméras solidaires avec les résistant.e.s au Grand-Jury de Seattle – Puget Sound (Wa.), février 2013

1funDans les premières semaines de Février 2013, nous avons enlevé et détruit 17 caméras de sécurité dans toute la région de Puget Sound

Cet acte est du sabotage du béton contre le système de surveillance et de contrôle.

fun2C’est aussi un message de solidarité et un souhait de force pour les résistants au Grand Jury de Seattle, ceLLESux qui sont actuellement incarcéréEs et ceLLESux qui ne le sont pas. Enfin, cet acte annonce notre participation au jeu CAMOVER, appelé par des camarades en Allemagne [en résonance avec l’appel à perturber le Congrès de la police européenne qui se tiendra à partir du 16 février à Berlin.]

Brigade des Bandits aux pieds nus, Puget Sound, USA

Traduit de PugetSoundAnarchist, 13 février 2013

[Suisse] Un faux courrier prône le retour du fichage – Berne, 4 février 2013

Un faux courrier prône le retour du fichage

Une lettre signée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga dénonce le tout sécuritaire. Les auteurs de la missive seront poursuivis.

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Plusieurs habitants de Suisse romande ont reçu ce courrier. Il porte l’en-tête du Département fédéral de justice et police (DFJP) et usurpe l’identité de la ministre Simonetta Sommaruga. Son contenu laisse pourtant peu de place au doute: il milite pour des examens psychiatriques de dangerosité soumis à l’ensemble de la population. Et redirige vers un site qui, tout en admettant la «farce», dénonce les lois d’internement prévues dans le Code pénal.

«Cette lettre est un faux et une copie a été transmise à la police judiciaire fédérale pour enquête», indique le DFJP. L’acte est poursuivi d’office pénalement. La police genevoise établit désormais un lien entre ce faux et les déprédations ayant visé le Département de la sécurité (DS) à Genève mardi. C’est que leur timing n’est pas anodin.

Selon les sites antifascistes ou anarchistes, des journées d’actions contre toutes les prisons du pays devaient en effet se tenir à ces dates. A l’origine de l’appel: un groupe opposé à la détention, proche de la mouvance anarchiste. Il estime que «la fonction principale de la prison est de forcer les pauvres et les insoumis à se résigner à leur condition: trimer toute sa vie afin d’engraisser les riches». Un message que l’on retrouve dans les tags adressés au chef du DS.

D’après un connaisseur des mouvances de gauche radicale, la menace n’est «pas importante». Ce n’est pas l’avis du Service de renseignement de la Confédération, qui écrit dans son dernier rapport annuel que le «potentiel de violence» au sein de l’extrémisme de gauche reste élevé.

Leur presse – 20 Minutes.ch (Henri Della Casa), 07/02/2013 à 06h18

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[Europol] Sabotons le congrès de la police à Berlin (16-20 février) ! Manif samedi 16 février 2013 à 20h à Mariannenplatz

Le 16 Février 2013, le Congrès de la police européenne (Europol) se tiendra à Berlin. Selon les chiffres des responsables de l’organisation, près de 1.600 participants en provenance de plus de 50 pays ont assisté au dernier congrès en 2012.

Les flics, les politiciens, les entreprises et autres personnalités s’y rencontrent une fois par an pour coordonner leurs intérêts. Bien que les membres de l’administration obtiennent un accès gratuit, les journalistes et les gens « normaux » doivent payer environ 1000 euros pour l’enregistrement. Les entreprises ayant des intérêts commerciaux payent par mètre carré un terrain d’exposition. Des marques bien connues étaient présentes ces dernières années.

Par exemple Taser, IBM, Microsoft, Oracle ou T-systems. La rencontre d’exposants est internationale, venant aussi bien d’administrations de toute l’Europe, ainsi que des forces de police de pays aussi lointains que Taiwan, et des entreprises multinationales.

Ainsi, le caractère de cet évènement international est un mélange d’un salon professionnel et d’une réunion semi-informelle. Alors que c’est un endroit vraiment apprécié pour la commercialisation de matériel de répression comme les armes et engins de police, la préoccupation la plus courante des porcs est d’acquérir la capacité de gérer des charges énormes de données, qui sont entrés dans l’ère de l’Internet et de la surveillance de masse.

Grâce à ce dilemme, la plupart des exposants offrent des systèmes et des cadres pour l’acquisition et la gestion d’information. De plus, de nombreux ateliers la tenue du congrès traitent de ces problèmes, et offrent un lieu pour échanger des expériences dans ce domaine.

Comme les années précédentes, des groupes autonomes appellent à une action autour de ce temps. Depuis quelques années, le Congrès de la police était une occasion pour de nombreuses personnes de descendre dans la rue et exprimer leur rage contre la surveillance, le contrôle et la répression. Non seulement les manifestations, mais aussi des attaques physiques contre des infrastructures de police ont accompagné les « rencontres » des dernières années. Bien loin de chasser la police de la ville, il est prévu d’augmenter la résistance niveau par niveau.

Une manifestation est annoncée pour le 23 16 Février.

Pour plus d’informations, consultez le blog polizeikongress2013.blogsport.de

Une vidéo de la mobilisation de l’année dernière:

Les flics essayent d’entrer dans un squat après la manifestation contre le Congrès de police 2012:

Traduit de l’anglais du blog Le Révolté, 9 décembre 2012

[Angers] Lancement du site Angers sous-surveillance.net

Bonjour, voici le communiqué pour vous faire part de l’ouverture du site Angers sous-surveillance.net:

Angers n’est pas une ville isolée du reste du monde. Comme toutes les métropoles elle suit un mouvement général d’urbanisation sécuritaire. Par exemple la communauté d’agglomération participe au lobby de « l’european forum for urban security« .

Ainsi sont créés des quartiers, et l’ont décide qui y habite (ou pas), qui y va (ou pas). Les mouvements dans la ville sont organisés, contrôlés, optimisés pour que chacun puisse travailler, consommer, étudier, mais surtout pas traîner, et encore moins protester.

Pour cela la ville développe tout un ensemble d’outil : des panneaux lumineux JC Déco, au mobilier urbain anti-sdf, en passant par les cartes de transport RFID et bien évidemment la vidéo-surveillance.

Les travaux d’aménagement qui ont accompagné la création de la ligne de tramway ont permis de banaliser ce quadrillage de la ville.

Elles se rajoutent, s’additionnent, se contrôlent mutuellement. leur « expérimentation » perdure et elles s’intègrent dans le paysage. On se surprend à les voire s’installer aussi simplement qu’un banc sur une place.

On dit qu’elles ne dérangent que ceux et celles qui ont quelques choses à se reprocher… mais l’innocence n’existe pas. 

Les cams’ isolent… regroupons nous ! 

Nous refusons donc d’être des figurants/spectateurs. Un de nos objectifs est donc qu’ensemble nous mutualisions nos énergies afin d’établir une cartographie la plus complète possible de la vidéo surveillance sur Angers (publique ou privée). Pour se faire connectez-vous au site [->angers.sous-surveillance.net]

Puis allons-y, réapproprions-nous la ville…

Les caméras ne nous protègent pas, elle nous surveillent.

Source: Indymedia Nantes, 28 décembre à 13h28

[Sociologie] Présentation de l’ouvrage de Mathieu Rigouste: La Domination Policière, une violence industrielle (La Fabrique)

“La violence policière n’a rien d’accidentel”

Mathieu Rigouste_La-Domination-policiere_Une-Violence-industrielle«La violence policière est rationnellement produite et régulée par l’Etat», telle est la thèse du nouveau livre de Mathieu Rigouste, La domination policière, une violence industrielle. Trois ans après L’ennemi intérieur, ce militant et chercheur en sciences sociales analyse la transformation des violences policières dans les quartiers populaires et leurs effets sociaux sur la vie quotidienne.

De l’Ennemi intérieur à ce livre, on a l’impression que l’ordre policier a été un sujet fort de votre travail. Comment en êtes-vous arrivé à ce livre ?

Je fabrique des outils pour démonter les mécanismes de la domination. Dans L’ennemi intérieur, j’avais étudié l’armée et son influence sur la société de contrôle, ce travail montrait comment les guerres coloniales ont fortement orienté la restructuration sécuritaire du capitalisme tout au long de la Ve République. La manière dont la police s’approprie des personnels, des savoirs et des pratiques, des techniques, des méthodes et des matériels formés par, pour et dans l’expérience coloniale et militaire – ce que Michel Foucault appelle les « effets de retour » – restait à approfondir. Il semblait nécessaire de faire le point sur les transformations de la police et de sa violence ces vingt dernières années. Pas pour l’amour des livres mais pour renforcer les luttes.

Comment avez-vous circonscrit votre travail d’investigation et d’action?

Je ne fais pas semblant d’écrire sur une société dont je ne ferais pas partie et que j’observerais depuis un extérieur introuvable. Je ne veux pas masquer le fait que toutes les méthodes et toutes les problématiques sont orientées par l’enquêteur, sa position dans la société et ses points de vue. Sous couvert de distance avec le terrain, de nombreuses études masquent nécessairement les privilèges et les connivences que le chercheur entretient avec la société. Alors j’assume le fait que j’enquête depuis un endroit précis – les territoires et les classes qui subissent quotidiennement et frontalement la domination policière, puis je fournis ces éléments pour permettre de critiquer mes résultats, pour les corriger et faire avancer notre compréhension du phénomène. J’ai passé une trentaine d’années en banlieue parisienne et une quinzaine d’années dans les mouvements sociaux et militants. Je n’y ai pas fait ce que la sociologie appelle de « l’observation participante », j’appartiens à ce monde et j’y ai vécu de près les transformations de la police. J’ai formulé des hypothèses en mettant en commun les mémoires et les récits de nombreuses personnes subissant directement la domination policière et de collectifs qui luttent sur ce terrain. J’ai confronté ces hypothèses aux recherches universitaires sur la question, à un corpus d’autobiographies de policiers, à des entretiens et des récits de vie menés par d’autres chercheurs avec des policiers de différents corps et différents statuts, à l’observation des blogs de policiers et l’analyse des revues policières, de défense et de sécurité ainsi qu’aux archives de mouvements de luttes contre la violence policière. Du point de vue de l’action, je prends part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. Je ne cherche pas à faire de la recherche engagée, il me semble qu’on ne peut séparer l’action, l’enquête et la vie quotidienne. Que l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles. Ce travail est d’ailleurs le fruit de réflexions collectives et doit tout à celles et ceux qui combattent au quotidien.

Vous parlez presque d’une réactivation d’une guerre contre insurrectionnelle dans votre livre. Quels sont les contours de ce champ de bataille?

J’observe moins une réactivation qu’un processus long où la guerre et le contrôle, l’armée et la police, s’influencent réciproquement au point de quasiment fusionner dans certaines situations. J’affirme que la contre insurrection est la grammaire, la matrice, le programme idéologique et technique qui propulse le système sécuritaire. Mais il s’agit justement ici de bien voir comment s’opère la reformulation, la traduction, l’hybridation de la contre insurrection à l’intérieur de la société française. Il ne me viendrait pas à l’esprit d’expliquer que nous vivons la même chose que la guerre d’Algérie ou que les déploiements militaires en Irak. Mais j’observe que nous faisons face, dans les enclaves ségréguées de la société post-coloniale, à une forme de contre insurrection de basse intensité, médiatique et policière. Le quadrillage militaire devient occupation policière des quartiers (polices « de proximité »), les commandos deviennent des unités d’intervention féroces (BAC…), l’action et la guerre psychologique sont prises en charge par les médias dominants, la propagande d’Etat récupère la figure de l’ennemi intérieur « fellaga manipulé par Moscou » sous la forme de « l’islamo-gauchiste » ; les camps, la torture et le système de disparition sont relayés par la prison et la garde-à-vue, les brutalités et les meurtres policiers… Je montre comment des armes, des techniques, des doctrines, des pratiques issues de la contre insurrection coloniale et militaire, passent dans le champ médiatique et policier, comment elles sont réappropriées, ré-agencées redéployées pour maintenir l’ordre social, économique et politique à l’intérieur de la métropole.

Est-ce que vous pouvez nous définir la « tactique de la tension » dont vous parlez abondamment dans votre livre?

C’est justement cette forme de domination, régulée techniquement et rationnellement, qui puise dans les répertoires contre insurrectionnels, coloniaux et militaires, pour écraser les damnés intérieurs. C’est une référence aux mécaniques politiques qui permettent de contrôler la population en instrumentalisant la peur ou en fabriquant des ennemis de convenance. On parle souvent de « stratégie de la tension » pour désigner les « années de plomb » en Italie, dans les années 1970. L’Etat italien manipulait l’extrême droite, grâce aux services secrets, et lui faisait réaliser des attentats qu’il attribuait ensuite aux anarchistes, ce qui lui permettait de justifier la répression du mouvement ouvrier et l’écrasement des mouvements révolutionnaires. Les gestionnaires de cette stratégie étaient d’ailleurs fascinés par la méthode française de contre-insurrection. Par « tactique de la tension », j’explique que cette technique qui consiste à fabriquer des ennemis de convenance pour faciliter le renforcement sécuritaire, est passée dans le domaine policier. Techniquement, cette traduction s’opère depuis le prototype colonial et militaire de la bataille d’Alger, en 1957. La Casbah avait alors été enfermée et étranglée par des forces de quadrillage et d’occupation militaro-policières, puis pénétrée, harcelée et terrorisée par l’envoi d’unités spéciales à l’intérieur pour capturer, interroger et faire disparaître les « meneurs ». Harceler et agresser une population enfermée et étranglée, engendre forcément beaucoup de tension. J’explique que ce schéma a été redéployé sur les quartiers populaires, par l’alternance, aux manettes de l’Etat, des fractions de gauche et de droite de la classe dirigeante, qui ont multiplié les unités d’occupation et d’enfermement ainsi que les unités d’intervention et de harcèlement dans les quartiers populaires. Progressivement a ainsi été reformulée une technique d’enfermement et d’agression combinée, supportée par des ressorts idéologiques très proches de la contre-insurrection et qui tente de détruire la vie sociale et les formes d’autonomie et d’insoumissions des « populations » ciblées.

L’impérialisme c’est un concept assez fort. Dans votre travail, ça semble une évidence car vous êtes dans cette rhétorique mais si on vous demandait de le définir, vous en parleriez comment?

Ce n’est pas de la rhétorique, l’impérialisme est un stade de développement du capitalisme et de l’Etat, qui arrive à un moment déterminé dans l’histoire de la lutte des classes. Il s’agit d’un rapport de domination à différentes vitesses et qui s’inscrit dans l’espace : c’est le processus d’expansion d’un Etat-nation partant à la conquête de territoires, de ressources et de populations en dehors de ses frontières et mettant en place des formes de dominations et de ségrégations basées sur la classe, le sexe et la race. Les géographes radicaux anglo-saxons expliquent que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de développement de l’impérialisme qui ressemble très étrangement à la phase d’accumulation primitive qui avait donné naissance au capitalisme et qui fonctionne par la dépossession des ressources, des territoires, des cultures et des formes de vie autonomes. Je tente de montrer que les campagnes de conquête menées par les grands Etats impérialistes dans le « monde Arabe » (Irak, Afghanistan, Egypte, Syrie…) se combinent avec une dimension intérieure sur leurs propres territoires : l’expansion des mégalopoles urbaines (Grand Paris, Grand Toulouse, Nantes Métropole…). Cette expansion est supportée directement par la tension policière et vise la conquête puis la restructuration petite-bourgeoise des quartiers populaires, le renforcement du socio-apartheid, l’industrialisation de l’enfermement et la massification du néo-esclavage en prison. La police est le fer de lance de cette croisade intérieure.

Qu’est-ce que vous pensez des BAC que vous définissez comme un symbole de l’ordre sécuritaire ? Le sociologue Didier Fassin évoque la possibilité d’une cohabitation tandis que Fabien Jobard se montre plus nuancé que vous également.

Ce n’est pas une question de nuances. La BAC est emblématique de l’oppression policière contemporaine, comme les CRS représentaient bien la répression en 1968. Mais je n’ai rien en particulier contre ces unités. Toute la police est chargée de maintenir l’ordre social, économique et politique. Et la police n’est pas la seule institution à assurer cette fonction. On peut soutenir les collectifs de victimes qui demandent la dissolution de la BAC comme à Millau, car c’est une manière offensive de se rassembler, mais la dissoudre sans attaquer le monde qui la produit ne changerait pas grand chose. Les agents seraient reclassés et de nouvelles unités créées ou recomposées pour assurer l’encadrement des misérables. Les BAC sont issues des polices coloniales en métropole et restructurées autour d’un modèle « néolibéral » d’abattage intensif. Elles traduisent bien les restructurations contemporaines.

Vous dénoncez la militarisation du métier de policier mais vous passez sous silence le fait qu’elle s’est également accompagnée d’une professionnalisation et d’une meilleure formation des effectifs. Dans l’invention de la violence, Laurent Mucchielli dit qu’il y a un recul des violences policières depuis 30 ans.

Je ne dénonce pas, j’essaie d’expliquer les transformations en cours. Et je ne me situe pas dans ce débat. La violence n’est pas une quantité, il n’y en a pas plus ou moins. Les formes de coercition évoluent en fonction des situations à gouverner. Si la police se perfectionne effectivement dans le nivellement de la coercition et qu’elle ne tire plus – pour l’instant, en France – à balles réelles sur les mouvements ouvriers, le nombre de personnes tuées dans les quartiers populaires ne cesse d’augmenter. Quand je finissais ce livre, en septembre 2012, 12 personnes avaient été tuées en six mois, un taux record en augmentation constante. Les armes « sub-létales » mutilent presque quotidiennement dans les cités. Dans certains quartiers, perdre un œil devient une menace quotidienne. Oui, les policiers sont mieux formés à contrôler les pauvres pour éviter de provoquer des révoltes ingérables. Mais dans les centres d’entraînement au maintien de l’ordre, c’est bien à la guerre urbaine qu’on les prépare. On ne peut pas le comprendre si l’on regarde du côté des policiers, qui essaient effectivement de tuer le moins possible, qui ont peur aussi et pour qui la coercition est minoritaire dans la journée ou dans une carrière. En regardant depuis la police, on ne perçoit pas les effets réels du renforcement sécuritaire. En l’occurrence, si l’on se place du côté de ceux qui le subissent, le constat est différent. Dans les quartiers populaires, les prisons, et les luttes sociales, la police gère un système de violence transversale qui broie la vie des gens, hier comme aujourd’hui, et qui, loin de rechercher à diminuer la violence, s’alimente et se ressource dans l’expérience coloniale et militaire.

Comment vous percevez Manuel Valls?

Il incarne bien la gauche de gouvernement : quasiment les mêmes logiques et les mêmes pratiques que sous Sarkozy – car il s’agit toujours de soumettre et bannir les pauvres pour permettre au capitalisme de se restructurer – mais avec une propagande un peu plus subtile, un enrobage un peu plus soft et d’autant plus trompeur. Alors que sous Sarkozy, la figure de l’ennemi intérieur était récurrente, Valls se sent obligé de dire qu’il n’y a pas d’ennemi intérieur, tout en continuant à faire la même chose que ces prédécesseurs. Il ne fait aucun doute qu’il est conseillé par les mêmes personnes que Sarkozy ou Guéant, Alain Bauer parmi d’autres. Et la situation est toujours la même, les processus en cours continuent. Alors que la droite a tendance à réduire le nombre de policiers, à développer des unités féroces et à multiplier les technologies et les armements, la gauche conserve tout ça puis embauche et développe en particulier les unités d’occupation (« de proximité »). La succession de la gauche et de la droite aux manettes du gouvernement n’alterne pas les modèles mais les empile, elle assure la continuité de l’Etat et de son renforcement sécuritaire.

A la fin du livre, vous dites « organisons-nous », comment vous situez-vous politiquement?

Du côté des opprimés, dans le camp qui veut en finir avec toutes les formes de domination. Je crois que seuls les premiers et premières concernés peuvent s’organiser pour abolir les systèmes d’oppression. Et qu’il faut tisser des alliances. J’essaye de mettre au centre de mon appareillage d’enquête les critiques et les constats des personnes qui subissent et qui luttent. Sous l’étiquette de « l’émeute », le pouvoir définit les révoltes populaires comme des sortes d’accès hystériques, des convulsions de violence sans raisons, mon travail consiste à les réinscrire dans la grande histoire des résistances à l’impérialisme. Je fais de l’enquête pour renforcer les luttes, pour décrire les mécaniques de l’oppression et cerner les rouages faibles.Ce système ne peut tenir sans la police et la prison. Je pense qu’il faut en changer, en finir avec une économie basée sur le pillage du monde au profit d’une minorité, et je crois qu’il faut pour cela rompre aussi avec les sociétés pyramidales, même celles où l’on choisit ses maîtres… Je crois que nous pouvons réussir à construire une société basée sur l’autogestion, l’entraide et le partage, sans chefs ni argent, où tout sera pour tous et où le peuple s’organisera par lui-même. La police passera alors pour une machine de domination archaïque.

Leur presse – Les Inrocks.com (Propos recueillis par David Doucet et Jean-Marie Durand), 11/12/2012 à 17h17

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