[Mexique] Rapport de l’audience des Femmes dénonçant le cas Atenco

Rapport de l’audience des Femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains.

Compagnons et compagnes de la Sexta nationale et internationale

Compagnons et compagnes du Réseau contre la Répression et pour la solidarité

À tous et à toutes les compagnons et compagnes solidaires qui nous ont accompagnées dans cette lutte qui est à nous tous et toutes :

Au mois de mars dernier, nous nous sommes présentées à la Commission Inter américaine des Droits Humains (CIDH) pour donner notre témoignage, en affrontant la nombreuse délégation de l’État mexicain. Dans ce contexte, nous avons fait appel aux personnes solidaires pour qu’elles nous envoient des photos et des lettres de solidarité. La réponse a été très grande ; elle est venue de tous les coins du Mexique et de plus de 10 pays qui, à travers leurs actions, nous ont accompagnées. Aujourd’hui nous voulons vous informer du déroulement de cette audience ainsi que des événements qui vont suivre.

Le 14 mars dernier, à Washington, a eu lieu au siège de la Commission Inter-américaine des Droits Humains l’audience publique du témoignage concernant le cas #12 846 « Mariana Selvas Gómez et les autres compagnes » contre l’État mexicain. Il portait sur les actes de torture physique et sexuelle, les arrestations arbitraires et les autres graves violations aux Droits Humains commises par des fonctionnaires d’État à l’encontre des 11 femmes plaignantes, et perpétrées durant les opérations policières qui ont eu lieu à Texcoco et San Salvador Atenco, État du Mexico, en mai 2006.

Cette audience s’est déroulée en trois parties. La première était un témoignage de notre compagne Italia Méndez, plaignante, représentant les 11 femmes qui portent plainte. La deuxième concernait les plaidoiries de nos avocates représentées par Alejandra Nuño et Stephanie Erin Brewer, du Centre pour la Justice et le Droit international CEJIL, et du Centre de Droits de l’homme Agustín Pro Juárez.

La troisième partie était la plaidoirie de l’État mexicain, représenté par Lía Limón, sous-secrétaire des Affaires Juridiques et des Droits Humains du Ministère de l’intérieur (SEGOB) du Gouvernement du Mexique, et par Juan Manuel Gómez Robledo Verduzco, sous-secrétaire des Affaires Multilatérales et des Droits Humains du Ministère des relations extérieures du Mexique (SRE). Ces deux représentants ont signalé qu’ils avaient l’intention de s’excuser et ont demandé à la commission son intervention pour trouver une sortie alternative ou « amicale », en exigeant le droit d’offrir cette alternative et, ainsi, passant outre notre droit en tant que plaignantes d’obtenir justice, vérité, mémoire et réparation.

Par une lettre, signée par toutes les femmes plaignantes de ce cas, qui a été lue à voix haute par Italia Méndez, nous avons informé la commission que « Nous ne voyons pas de possibilité et ce n’est pas notre désir d’explorer une solution amicale. En effet, l’État a démontré pendant plus de six ans son incapacité à répondre à nos demandes de vérité et de justice, non seulement parce que les seules actions qu’il ait menées visaient notre dénonciation au niveau inter-américain et international, mais aussi parce qu’il continue de répandre une fausse information sur ce qui s’est passé à Atenco et sur la recherche de justice. En effet, la position de l’État est qu’il a déjà permis un accès à la justice, alors que dans les faits ce cas est resté impuni. C’est pourquoi nous ne pouvons pas attendre de progrès de la part de l’État : au contraire, l’accès plein à la justice que l’État aurait pu offrir dans un premier temps, serait, aujourd’hui au point où nous en sommes, pratiquement impossible à atteindre. »

L’audience s’est conclue avec l’intervention du Procureur de Justice de l’État de Mexico, qui a fait preuve de démagogie et a gaspillé les dernières minutes de l’audience en ne prononçant que des mots vides de sens qui ne transmettaient rien.

Nous demandons à la commission d’émettre son rapport de fond rapidement.

Alors que ce litige international suit son cours, au Mexique un processus pénal est mené contre deux policiers qui seraient supposément les responsables du transfert vers la prison de Santiaguito, transfert durant lequel de nombreux actes de torture ont eu lieu. Ce procès réveille de nouveaux soupçons quant à la simulation de l’État dans ses investigations, puisque les ordres d’arrestation ont été émis dans le contexte d’une enquête réalisée par le Comité pour l’Élimination de la Discrimination de la Femme (CEDAW, son sigle en anglais) au niveau de l’État mexicain.

C’est à New York, la veille de sa rencontre avec le CEDAW, que l’État Mexicain a publiquement annoncé, que des ordres d’arrestation avaient été émis contre trois policiers et qu’à l’heure de la comparution, il avait déjà arrêté deux policiers et qu’un troisième était décédé.

Maintenant, nous savons que bientôt nous serons appelées à nous présenter à une confrontation avec les policiers inculpés, ce qui est très dur pour nous, puisque nous connaissons les pratiques de victimisation de la part des autorités. Nous ne refuserons pas de participer à ce procès, nous irons et soutiendrons le regard et donnerons notre témoignage, parce qu’il y a 7 ans, nous avons décidé de ne pas accepter l’impunité, le silence et l’oubli.

Nous vous lançons à nouveau un appel à rester attentifs/ves, à nous accompagner et à prononcer votre solidarité en ce moment difficile et douloureux.

C’est par la solidarité et le soutien mutuel que nous avons réussi à cheminer jusqu’à maintenant. La dénonciation sociale que nous avons fait avancer depuis 2006 a donné des fruits extraordinaires dans la construction de la vérité et de la mémoire. Nous continuerons en avant d’un pas ferme parce que nous marchons coude à coude avec vous.

Contre la répression politique !

Contre la torture sexuelle !

Femmes dénonçant le cas Atenco

Traduit par les trois passants et Valérie.

*Pour plus d’infos sur les femmes dénonçant le cas Atenco

Source (en espagnol)enlace Zapatista

Transmis par mail, 09/05/2013

[Mexique] Femmes du cas Atenco, 7 ans après: « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser » (Italia Mendez)

À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser ».

Italia Méndez

« Plan d’une extermination : écraser l’herbe, arracher tout, depuis la racine jusqu’à la dernière plante vivante, arroser la terre avec du sel. Après, tuer la mémoire de l’herbe. Pour coloniser les consciences, pour les supprimer ; pour les supprimer, les vider du passé. Annihiler tout témoignage qui rappelle que dans la contrée il y a eu autre chose que du silence, des prisons et des tombes. Il est interdit de s’en souvenir… »

Eduardo Galeano

barmarMexico. En 2002, avec le soutien d’organisations et de collectifs, le Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT) a réussi à arrêter le projet économique le plus ambitieux du mandat de Vicente Fox Quesada, alors président du Mexique : la construction du nouvel aéroport international de Mexico qui s’étendait sur 4.550 hectares de terres de culture confisquées par le gouvernement fédéral sur le terrain communal de San Salvador Atenco, moyennant une indemnisation de sept pesos (moins d’un euro) par mètre carré.

La lutte des paysans du FPDT est devenue un exemple d’organisation et, surtout, de victoire. La légitimité de leur combat, leur capacité d’organisation et la solidarité nationale et internationale ont été les éléments clefs qui ont permis d’arrêter non seulement l’État et tous ses appareils, mais aussi le capital, puisque des centaines d’entreprises se frottaient déjà les mains en espérant obtenir de grands bénéfices du pillage des biens communaux.

En 2006 naît l’Autre Campagne, un mouvement national rassemblant des milliers de personnes adhérentes à la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Sur tout le territoire national, elle émerge comme un mode d’organisation qui doit constituer une alternative à la logique électorale des candidats alors engagés dans la campagne. Elle se dresse, provocante et dangereuse pour le pouvoir.

C’est dans ce contexte que, les 3 et 4 mai 2006, le terrorisme d’Etat s’est abattu à Texcoco et à San Salvador Atenco. Par la répression politique, le sang et la prison, le pouvoir a décidé de mettre fin au cheminement de l’Autre Campagne. Tout a commencé par un conflit ciblé entre de petits producteurs de fleurs et de légumes et les autorités municipales de Texcoco : celles-ci niaient le juste droit des premiers à travailler en commercialisant leurs productions sur la voie publique. Le FPDT, toujours solidaire des autres luttes, accompagnait les producteurs et jouait le rôle d’interlocuteur.

Bilan de la répression : Javier Cortés Santiago et Alexis Benhumea assassinés par la police, 207 personnes torturées et emprisonnées, des centaines de perquisitions, cinq personnes d’autres pays – survivantes de la répression – expulsées, la persécution politique et judiciaire des membres du FPDT, l’utilisation de la torture sexuelle contre nous, les femmes détenues. La classe politique dans sa totalité a légitimé les faits de diverses manières, il y a eu des applaudissements retentissants et des silences complices.

La répression politique a pour but très concret la désarticulation, par la terreur, de toute organisation qui s’oppose aux intérêts de l’État et au pouvoir économique. L’objectif principal est d’empêcher les personnes d’identifier les buts que poursuit la répression, afin d’annuler leur capacité de défense et de confrontation.

L’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social si puissant que non seulement il affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais il a aussi des répercussions sur la famille, les collectifs ou les organisations et, naturellement, sur la société. Depuis l’opération policière à Atenco, l’État a nié qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement. Face à des preuves irréfutables, il a déclaré avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État du Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par une paire de policiers nerveux et qui avaient agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression.

La préméditation, l’intentionnalité et l’impunité prouvent que cette atteinte au corps des femmes, mise en œuvre à des moments très précis, vise à envoyer un message brutal à l’« ennemi » en répandant le sentiment de culpabilité, la stigmatisation et la peur.

Dans notre expérience, l’appui mutuel nous a permis de mettre en évidence les buts et les principes de la torture sexuelle. Lorsque nous nous sommes retrouvées toutes ensemble dans la prison de Santiaguito, plusieurs d’entre nous ont décidé d’écrire leur témoignage. Nous avons choisi de transformer la culpabilité et la honte en responsabilité et de désigner les coupables. La divulgation de l’atteinte à nos corps, de nos visages et de nos noms nous a permis de casser le silence. Nous savions que cela ne suffirait pas, mais c’étaient nos premiers pas dans un chemin si long et si sinueux qu’il ne pouvait être parcouru que collectivement.

Le rôle de la dénonciation sociale, tant en 2006 qu’aujourd’hui, a été fondamental. Lorsque nous étions isolées, nos moyens de communication étaient des morceaux de papier mais des centaines de voix ont été le haut-parleur de nos paroles et les récits d’horreur ont acquis une valeur réparatrice : l’innommable, l’inénarrable s’écoutait à haute voix, peu à peu se dissipait le tabou qui consiste à parler de quelque chose de si intime. La honte disparaissait. Nous avons refusé le rôle que les responsables nous avaient attribué et surmonté la culpabilité et la peur, à travers un accompagnement psychologique et un travail collectif.

Face à la répression, d’innombrables manifestations de protestation ont eu lieu, et de grands efforts organisationnels ont été réalisés en vue de la libération de prisonnières et de prisonniers. La peur était coûteuse en énergie et beaucoup de personnes ont renoncé à la participation politique, quelques groupes se sont désarticulés, le tissu social s’est déchiré. Intimider la société à travers le châtiment exemplaire de ceux et celles qui luttent : ce message avait été envoyé, renforcé encore par l’impunité des coupables, la dilution de leur responsabilité l’idée que « rien ne peut être fait face au pouvoir de l’État ».

Découvrir l’étendue de la répression a été réellement dévastateur. Comment recomposer le tissu social ? Comment combattre la peur ? Comment nous reconstruire ?

Certaines d’entre nous insistent sur la nécessité de mettre en évidence les instruments du contrôle social par l’État, et de multiplier les discussions autour de cette problématique. À cette fin, nous avons lancé depuis l’été 2008 « Une campagne contre la répression politique et la torture sexuelle », en cheminant main dans la main avec des organisations et des collectifs qui ouvraient leurs espaces à ces réflexions. Cette campagne vise à mettre au jour les conséquences de la répression, telles qu’elles ont été vécues sur le plan individuel et collectif.

Analyser avec distance les mécanismes répressifs nous permet de nous placer dans un rôle actif, et nous rend capables de leur faire face sans abandonner nos luttes et nos idéaux.

Ces mécanismes obéissent à des stratégies définies selon les effets que l’on cherche à provoquer dans la population, auprès des organisations et des individus. Ils ne sont pas furtifs et encore moins aléatoires. La répression à San Salvador Atenco n’a pas eu lieu par hasard : transformer un modèle d’organisation, de résistance et de victoire en symbole de mort, de torture et de prison, met en évidence l’intérêt du Pouvoir à déformer notre perception, arrêter à tout prix l’Autre Campagne et tatouer dans notre peau le message de la défaite.

Après six ans de résistance nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes, mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la juridictionnalisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions.

Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté.

Aujourd’hui, comme il y a six ans, les hommes politiques lancent leurs campagnes électorales pleines de mensonges et de faux-semblants. Aujourd’hui, comme il y a six ans, nous insistons : notre lutte ne se borne pas aux formes politiques d’en haut, nous continuons notre chemin sans nous contenter du « moins pire ». L’idéal de liberté ne s’efface pas : malgré la répression, nous sommes toujours debout.

*Âgée de 27 ans, Bárbara Italia Méndez a été arrêtée le 4 mai 2006 au matin dans une maison de San Salvador Atenco, dans l’État de Mexico, où elle s’était réfugiée pour échapper à la police. Elle s’était rendue de Mexico à San Salvador Atenco après avoir appris qu’un mineur avait été tué et que des manifestations et des affrontements avec la police avaient eu lieu. Selon son témoignage, des membres de la Policía Federal Preventiva (PFP, Police fédérale préventive) ont fait irruption dans la maison et l’ont arrêtée sans aucune explication. Les policiers lui ont tiré les cheveux, l’ont obligée à s’accroupir et l’ont rouée de coups ; elle a été blessée à la tête et présentait de multiples contusions. Son chemisier remonté sur la tête, elle a été ensuite contrainte de monter dans un véhicule de la police et de s’allonger sur d’autres détenus. Pendant le trajet jusqu’à la prison de Santiaguito près de Toluca, dans l’État de Mexico, elle a dû enlever ses vêtements, a été passée à tabac, menacée, a subi des agressions sexuelles et été violée à l’aide de différents objets par des membres de la police de l’État sous les encouragements de leurs collègues.

Texte d’Italia Méndez, écrit fin 2012.

Traduit par les trois passants

Merci à Valérie pour les corrections

Voir aussi: Lettre de Mariana Selvas envoyée pour la journée du samedi 20 avril 2013, dans le cadre de la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier-e-s politiques qui a eu lieu à Paris

Transmis par mail, 5 mai 2013

[Mexique] Femmes du Cas Atenco – Ni oubli ni pardon !

Cas Atenco : l’État Mexicain toujours méprisable, lâche et mensonger…toujours démonstratif de l’excès de pouvoir dont il est bénéficiaire.

Cela fait déjà sept ans que dans les rues de Texcoco et de San Salvador Atenco les 3 et 4 mai 2006, les trois niveaux de gouvernement avec l’aide des trois principaux partis politiques et l’ensemble de l’appareil de l’Etat mexicain ont déchaîné leur violence et leur brutalité par l’intermédiaire de leurs forces policières et judiciaires contre des hommes et des femmes qui défendaient le droit au travail et à la solidarité avec ceux d’en bas. Suite à ces faits, un groupe de femmes qui avait été détenues et torturées par l’État mexicain dans son ensemble, a décidé de porter plainte contre celui-ci pour la torture sexuelle qu’elles ont subi. Ces plaintes ont commencé au niveau national, où comme on pouvait s’y attendre, elles ont reçu pour toute réponse le silence et l’oubli. Ce qui a amené cette plainte à un niveau international tel que la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Durant ces sept ans, elles ont fait avancer avec dignité cette plainte internationale, pour que soit jugé l’État mexicain.(1)

Le jeudi 14 mars 2013, Italia Mendez a exposé son cas et présenté ceux des onze compagnes dénonçantes devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains à Washington. Ces onze compagnes ont décidé avec rage et dignité de continuer la lutte et la dénonciation de l’attaque perpétrée à Atenco par l’État Mexicain. Pour elles, il est clair que l’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social qui non seulement affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais aussi les collectifs, les organisations et la société.

Depuis l’opération policière à Atenco en 2006 et durant l’exposition du cas Atenco à Washington ce 14 mars 2013, l’État continue de nier qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement en raison d’une stratégie étatique. Il continue à déclarer avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État de Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par des policiers qui ont agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression. (2)

Suite à la réunion des femmes survivantes du cas Atenco à la CIDH à Washington, représentées d’une part par Italia Mendez et leurs accompagnateurs du centre de droits humains « Prodh » et d’autre part parles représentants de l’Etat Mexicain – Andrés Díaz Fernández, membre de l’équipe de défense du Centre Prodh a déclaré que « le fait pour l’État Mexicain de présenter aux femmes du cas Atenco une « solution amicale »représentait la dernière carte qui pouvait être jouée par l’État afin d’éviter un examen par la Cour et en même temps, cela représentait une maniéré d’atténuer le cas Atenco partout dans le monde. Il est clair que par cette proposition, l’intention de l’État était de minimiser le niveau des violations graves aux droits humains à San Salvador Atenco ». (3)

Bref, l’État Mexicain a tenté en vain durant l’audience publique à la CIDH par l’intermédiaire de sa représentante Lía Limón García, sous-secrétaire aux Affaires Juridiques et aux Droits Humains, de négocier une « solution amicale » avec les onze femmes qui ont été agressées sexuellement pendant l’opération policière de 2006 à Atenco et qui portent plainte, afin d’éviter une sanction éventuelle de la Cour Interamericaine des Droits Humains (CoIDH). Ce que les femmes d’Atenco ont instantanément refusé. Bárbara Italia Méndez Moreno – représentante des onze femmes qui ont été agressées sexuellement- a donné lecture d’une lettre écrite parcelles-ci, devant les magistrats Tracy Robinson, Rosa Maria Ortiz et Rodrigo Escobar (ce dernier étant le rapporteur auprès de la CIDH pour le Mexique ), les représentants de l’État mexicain, les avocats des victimes– du Centre de Droits de l’homme Agustín Pro Juárez (le Centre Prodh) et du Centre pour la Justice et le Droit international (CEJIL) – ainsi que devant des dizaines de personnes qui se sont rendues à l’audience :« Nous ne voyons pas de possibilité et ce n’est pas notre désir d’explorer une solution amicale, puisque l’État a démontré pendant plus de six ans, non seulement son incapacité à répondre à nos demandes de vérité et de justice, principalement parce que les seules actions qu’il ait menées visaient notre dénonciation à niveau inter-américain et international, mais aussi parce qu’il continue de répandre une fausse information sur ce qui s’est passé à Atenco et sur la recherche de justice. » (4)

Dans cette missive adressée au mexicain Emilio Álvarez Icaza secrétaire exécutif de la CIDH, les onze femmes qui soutiennent le cas, enregistré sous la référence 12.486, ont sollicité le rapport de fond,  afin d’initier un litige au tribunal inter-américain. D’autre part, Barbara Italia a rappelé pendant la lecture de la lettre que« l’État avait eu l’opportunité dès 2006 de démontrer une volonté politique à fin d’enquêter et sanctionner les violations commises » Le texte envoyé à la CIDH le 8 mars dernier a été signé par Mariana Selvas Gómez, Georgina Edith Rosales Gutiérrez, María Patricia Romero Hernández, Norma Aidé Jiménez Osorio, Claudia Hernández Martínez, Ana María Velasco Rodríguez, Yolanda Muñoz Diosdada, Cristina Sánchez Hernández, Patricia Linares,  Suhelen Gabriela Cuevas Jaramillo et Bárbara Italia.

Et le combat continue…

« Après six ans de résistance nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes,mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la judiciarisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions (…) Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté. »(5)

Nous disons à nos compagnes que la lutte continue pour que la mémoire ne soit pas étouffée par le pouvoir de l’État et de ses institutions. Cette mémoire, c’est à nous de la nourrir, de la réfléchir, de l’entretenir pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli comme le souhaiterait l’État.

Les trois passants

Plus d’infos

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(1) Déclaration de solidarité avec les femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Réseau contre la Répression et pour la Solidarité (RvsR)

(2) À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nouscontinuons à nous organiser » Article écrit en 2012, par Barbara Italia Mendez

(3) Atenco, ni perdón ni arreglo “amistoso”. Revista Proceso 18/Mar/2013 por Gloria Leticia Díaz

(4) Ibid

(5) Op cit : À Atenco : Nous ne pourrons …par Barbara Italia Mendez

[Mexique] L’Amérique centrale de 2013 sera l’Atenco de 2006 : à propos de la nomination d’Ardelio Vargas à l’Institut National des Migrations (INM)

L’Amérique centrale de 2013 sera l’Atenco de 2006.

À propos de la nomination d’Ardelio Vargas à l’Institut National des Migrations (INM)

À tous ceux qui marchent sans papiers dans ce continent

Aux gens honnêtes qui leur donnent refuge

Ville de Puebla, Mexique, 16 janvier 2013

muertepenVFOSLe 1er décembre dernier, Enrique Peña Nieto a brutalement et clairement dit à Francisco Kuykendall* comment il répondra aux protestations contre son gouvernement. Le 11 janvier, avec la nomination de Nuvia Mayora Delgado, il a clairement montré que les peuples indigènes signifient pour lui : répartir des dépenses et faire des statistiques (bien que le premier graphique de son mandat a montré plus de 40 mille indigènes marchant en silence avec leurs pas de dignité et d’autonomie**). Maintenant Peña Nieto envoie un message à tous les Centre-Américains qui circulent dans notre pays à la recherche d’un avenir meilleur, et ce message a un nom : Ardelio Vargas Fosado***.

Erique Peña Nieto envoie aux migrants, le même message que Vicente Fox avait envoyé à Atenco et à l’Autre Campagne en 2006, le même qu’Ulyses Ruiz a envoyé au mouvement social à Oaxaca, le même que Rafael Moreno Valle a envoyé aux paysans et aux journalistes à Chignahuapan et qu’à chaque occasion il envoie, quand le mécontentement contre son gouvernement prend la rue.

Le message est clair, l’Institut National des Migrations (INM) va devenir une instance policière de plus, aux mains d’un personnage qui a dirigé des opérations policières qui ont abouti à des tortures, des meurtres et des arrestations arbitraires. Au sein de l’INM, déjà controversé, arrive un personnage qui, tandis qu’il s’occupait de frapper des mouvements sociaux sous la conduite du gouverneur de l’Etat de Puebla, permettait l’avancée et l’installation du crime organisé au nord de cette ville. Ardelio Vargas arrive au gouvernement d’Enrique Peña Nieto pour poursuivre et réprimer les migrants, pour le grave délit qu’est, voyager sans papiers, parce que si une chose est restée claire pendant toutes ces années, c’est que la seule façon d’agir que connait Vargas Fosado, c’est la violence.

Il est clair pour nous que le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) n’est jamais parti, il a seulement changé de couleur de temps à autre. Il est clair qu’à cette occasion, devant les cameras, le PRI ratifiera des lois en faveur des victimes de la guerre, remettra des prix aux défenseurs d’immigrés, mettra en place des commissions de dialogue et de négociations avec les peuples indigènes. Et il est clair que quand les cameras cesseront de regarder ou seront obligées de regarder ailleurs, le sang coulera et la brutalité viendra. Comme cela fut le cas en 2006 à Atenco, aujourd’hui, Enrique Peña Nieto et Ardelio Vargas Fosado se retrouvent ensemble, l’un pour poser devant les cameras et l’autre pour frapper derrière celles-ci. Maintenant, l’Amérique centrale de 2013 sera l’Atenco de 2006.

SourceNodo de Derechos Humanos

Le 1er décembre Francisco Kuykendall, adhérent à l’Autre Campagne, s’est rendu à une mobilisation contre la prise de fonction d’Enrique Peña Nieto et a été blessé à la tête par une grenade lacrymogène lancée par la Police Fédérale Préventive, son état est toujours critique.

Le 21 décembre à la date où beaucoup de gens croyaient que le monde se terminerait, plus de 40 mille bases d’appui zapatistes ont marché en silence dans cinq villes du Chiapas. Il s’agit de la mobilisation la plus importante de cette organisation depuis le soulèvement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), le 1er janvier 1994. Les bases d’appui zapatistes ont marché, le visage couvert, le poing levé, réalisant ainsi une puissante démonstration de force, et pour dire, silencieusement : nous sommes toujours là.

Ardelio Vargas Fosado appartient au PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) il a débuté sa carrière dans le domaine de l’espionnage politique à la Direction fédérale de la sécurité (DFS) et fit office de directeur d’investigations au Centre d’investigation et de sécurité nationale (Cisen), avant d’être nommé chef d’état-major de la Police Fédérale Préventive (PFP), charge depuis laquelle il a dirigé sur le terrain, les opérations contre-insurrectionnelles à San Salvador Atenco et à Oaxaca en 2006. En 2011, il a été nommé secrétaire de la Sécurité Publique dans la ville de Puebla et actuellement, a été nommé par Peña Nieto, à la tête de l’Institut National des Migrations.

Traduit par les trois passants et Caracol Solidario

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Reçu par mail, le 20/01/2013