[Lyon] Témoignage d’un camarade suite à de nouvelles agressions fascistes – 16 décembre 2012

Recrudescence des agressions fascistes sur Lyon

Trois nouvelles agressions en moins d’un mois sur Lyon et ses alentours (sans compter toutes celles qui restent sous silence) dont celle d’un militant sur les pentes…

Communiqué de presse du CV69:

Nouvelle recrudescence des agressions fascistes sur Lyon

Les agres­sions liées aux divers grou­pus­cu­les d’extrême-droite lyon­nais repren­nent mal­heu­reu­se­ment sur Lyon. 

Après l’agres­sion lors de la marche homo­phobe du 17 novem­bre der­nier ; la condam­na­tion d’un iden­ti­taire (secré­taire de l’orga­ni­sa­tion de la marche du 8 décem­bre) le 12 novem­bre ; de nou­vel­les agres­sions à carac­tère raciste, sur des mili­tants ou des lycéens, se sont pro­dui­tes ces der­niers jours.

- Début décem­bre, trois jeunes maro­cains (l’un d’eux a fini à l’hôpi­tal) se sont faits « chas­ser » du quar­tier Saint-Jean. 

Même si aucune plainte n’a été dépo­sée, nous ne pou­vons pas taire cette énième agres­sion dans ce quar­tier où cer­tains grou­pes pul­lu­lent et dont le racisme n’est plus à démon­trer

La logi­que de ter­ri­toire est avérée et tout ce qui est, selon eux, contre leur culture ou iden­tité, n’a pas sa place près de leur lieu mili­tant.

- Le ven­dredi 7 décem­bre, des mem­bres de l’ULN (la bran­che lycéenne du GUD), après s’être faits sortir par la gen­dar­me­rie lors d’un trac­tage devant le lycée Blaise Pascal à Charbonnières, ont tran­quille­ment attendu la sortie des élèves pour passer à l’action. 

Trois d’entre eux ont été bles­sés (coups de cas­ques, bombes lacry­mo­gè­nes…) non loin de l’établissement. 
Cette fois-ci, une plainte a été dépo­sée.

- Ce diman­che 16 décem­bre, un mili­tant habi­tant les pentes de la Croix-rousse s’est fait agres­ser rue Vaucanson par quatre indi­vi­dus : les pre­miers coups ont été portés au crâne par un objet conton­dant pro­vo­cant un trau­ma­tisme crâ­nien avec perte de connais­sance. 

Là encore, l’absence de cou­rage de ces fas­cis­tes est affli­geante : les quatre agres­seurs (trois à pied et un en voi­ture) ont pro­fité de l’état de fai­blesse de leur vic­time (hémi­plé­gi­que du côté gauche) pour s’achar­ner sur elle. 

La vic­time a décrit ses agres­seurs habillés en skin­head néo-nazis, por­teurs de sym­bo­les d’extrême-droite.

A noter que la veille avait lieu en région lyon­naise un concert nazi (RAC) orga­nisé par un ancien du Bunker Korps Lyon, l’heure mati­nale de l’agres­sion pour­rait cor­res­pon­dre à la fin de celui-ci. 
Une plainte a été dépo­sée et des détails assez précis ont été donnés lors de celle-ci.

Ces 3 agres­sions nous ont été com­mu­ni­quées mais sûre­ment bien d’autres ont été pas­sées sous silence.

Le col­lec­tif 69 de vigi­lance alerte de nou­veau contre l’implan­ta­tion et la vio­lence des dif­fé­rents grou­pes fas­cis­tes lyon­nais : qu’ils se pré­ten­dent iden­ti­tai­res, natio­na­lis­tes ou patrio­tes, ces fas­cis­tes n’hési­tent pas à passer à l’action, à pren­dre le bâton et leurs poings pour impo­ser leur vision raciste, homo­phobe, sexiste, réac­tion­naire.

Nous allons aler­ter tous les établissements sco­lai­res (lycées, lycées pro­fes­sion­nels…) sur le danger que peut repré­sen­ter la pré­sence de mili­tants dans et hors de leur établissement.  

Un tra­vail de fond basé sur l’échange et l’expli­ca­tion est néces­saire pour faire face à leur vio­lence idéo­lo­gi­que et phy­si­que.

Nous conti­nue­rons et accen­tue­rons notre tra­vail de vigi­lance en direc­tion des habi­tan­tEs lyon­nai­sEs en mul­ti­pliant les actions (dif­fu­sion de tracts, ras­sem­ble­ment, mani­fes­ta­tion…) en espé­rant que notre combat soit repris sur les lieux de tra­vail, dans les lycées, les facultés et dans la rue !

Le combat contre le fas­cisme (sous toutes ses formes) est le combat de touTEs !

Le samedi 15 décembre 2012, un concert RAC a été organisé par les néo-nazis à Lyon

Source: Rébellyon, 21 décembre 2012

Les étoiles nous appartiennent !

Je suis un réfu­gié poli­ti­que ita­lien, non-extradé par François Mitterrand. Comme d’autres cama­ra­des ita­liens dans les années 1970-80, nous avons trouvé asile poli­ti­que en France, ce qui ne nous a jamais empê­ché de conti­nuer la lutte avec les autres réfu­giés poli­ti­ques. En ce qui me concerne, je n’ai jamais cessé d’expri­mer mes convic­tions poli­ti­ques malgré mon arres­ta­tion en vue d’une éventuelle extra­di­tion vers l’Italie en 1986.

Je n’ai jamais aban­donné mes idées, ni dénoncé mes cama­ra­des, et ne me suis encore moins repenti de mes acti­vi­tés poli­ti­ques, y com­pris lors­que les gen­dar­mes du géné­ral Della Chiesa m’ont tor­turé en Italie.

Depuis mon arri­vée en France, j’ai conti­nué à vivre mon enga­ge­ment au quo­ti­dien avec les cama­ra­des fran­çais, même lors­que j’ai été arrêté à Paris, en 1984, avec ma cama­rade Gabriella Bergamaschini. Incarcéré à la prison de Fresnes entre 1984 et 1986, j’y ai mené, avec d’autres cama­ra­des pro­lé­tai­res empri­son­nés, des luttes contre la prison en géné­ral, et pour l’abo­li­tion des régi­mes spé­ciaux, comme les quar­tiers de haute sécu­rité à l’inté­rieur des établissement péni­ten­ciers fran­çais et ita­liens, ainsi que des luttes pour la défense des autres pri­son­niers poli­ti­ques et de droits com­muns.

En Italie, j’ai milité pen­dant de lon­gues années au sein d’orga­ni­sa­tions révo­lu­tion­nai­res, ce qui m’a poussé à vivre dans la clan­des­ti­nité pen­dant 10 ans, dont 2 ans en France, avant mon arres­ta­tion. Je ne sou­haite pas entrer ici dans les détails concer­nant les actions aux­quel­les j’ai par­ti­cipé en Italie, et notam­ment les opé­ra­tions poli­tico-mili­tai­res afin de pro­té­ger ceux de mes cama­ra­des tou­jours en liberté… Je peux néan­moins rap­pe­ler que, pen­dant les années 1970 – ces fameu­ses années pas­sées à l’his­toire comme étant celles où, d’un côté s’est déve­lop­pée « la stra­té­gie de la ten­sion » et de l’autre la renais­sance des mou­ve­ments révo­lu­tion­nai­res –, j’ai par­ti­cipé, entre autres, à des actions d’expro­pria­tion révo­lu­tion­naire dont le but était de finan­cer le mou­ve­ment.

Depuis tou­jours, en tant que mili­tant révo­lu­tion­naire avec mes cama­ra­des, j’ai par­ti­cipé acti­ve­ment à la lutte anti­fas­ciste : à Turin, en 1972, à la fer­me­ture défi­ni­tive du parti fas­ciste (MSI) de Giorgio Almirante ; et tou­jours à Turin, en 1973, à la « jam­bi­sa­tion » des mili­tants de Ordino nuovo, Ambrosini et Cibin. Ces deux nazis s’étaient rendus cou­pa­bles de graves actes de vio­lence à l’encontre de cama­ra­des mili­tants révo­lu­tion­nai­res tra­vaillant à la Fiat et d’autres usines en lutte. Ces mêmes per­son­na­ges, au début des années 1970, avaient été impli­qués dans la ten­ta­tive de coup d’État orga­nisé par Valerio Borghese et l’orga­ni­sa­tion secrète neo-fas­ciste dénom­mée « Loge P 2 [1] ».

Depuis que je vis en France, j’ai conti­nué en pre­mière ligne à lutter contre le fas­cisme.

Mes chers cama­ra­des, suite à l’agres­sion du diman­che 16 décem­bre, je ne me sens pas une vic­time, et je ne veux pas pleu­rer sur mon sort. J’étais et je reste un mili­tant révo­lu­tion­naire com­bat­tant contre le fas­cisme et l’oppres­sion capi­ta­liste.

Certes, les tor­tu­res que j’ai subies en Italie ont laissé de graves séquel­les (lésion vési­cale, lésions à la colonne ver­té­brale, abla­tion de la pros­tate…). À cela il faut ajou­ter les dom­ma­ges pro­cu­rés par le contact avec l’amiante dans mon acti­vité pro­fes­sion­nelle, ce qui fait qu’actuel­le­ment je suis han­di­capé à 80 %. De plus, seu­le­ment trois jours avant cette agres­sion, je sor­tais de l’hôpi­tal de la Croix-Rousse suite à un nouvel AVC qui a laissé des séquel­les au niveau de ma jambe et de mon bras gau­ches, ce qui fait que je dois désor­mais me dépla­cer avec une béquille.

Mon état de santé n’a pour­tant pas dimi­nué ma volonté de com­bat­tre le fas­cisme, le capi­ta­lisme et toutes les injus­ti­ces socia­les. Il y a quel­ques jours, j’ai par­ti­cipé à la jour­née no-TAV, et je sou­tiens toutes les ini­tia­ti­ves mili­tan­tes et révo­lu­tion­nai­res pré­sen­tes ici à Lyon.

D’ailleurs, depuis mon arri­vée à Lyon, et à la Croix-Rousse en par­ti­cu­lier, j’ai tou­jours par­ti­cipé aux nom­breu­ses acti­vi­tés et actions qu’y se sont déve­lop­pées et qui conti­nuent à main­te­nir vivant les mou­ve­ments squats, anti­ca­pi­ta­lis­tes, anti­fas­cis­tes, liber­tai­res et alter­na­tifs.

Ce diman­che 16 décem­bre, en sor­tant de mon domi­cile vers 7 heures du matin, j’ai remar­qué deux per­son­nes sur le trot­toir d’en face mais, je n’avais aucune raison d’y prêter atten­tion. Mais, quel­ques secondes plus tard, alors que je conti­nuais tran­quille­ment mon chemin, ces indi­vi­dus se sont appro­chés et, après m’avoir demandé s’ils pou­vaient me parler, l’un d’entre eux a sorti une batte de base-ball de son blou­son et m’a frappé à la tête. Le deuxième m’a dérobé la béquille avec laquelle il m’a aussi frappé, suite à quoi je suis tombé par terre. Sur ce, une troi­sième per­sonne que je n’avais pas encore vu, est arri­vée et à son tour m’a donné des coups de pieds dans les jambes et au ventre… Enfin, j’ai entendu ce troi­sième indi­vidu s’excla­mer : « On l’a bien cassé, on peut y aller ! »

Sachez chers cama­ra­des que ce n’est pas cette agres­sion qui me fera me désis­ter de mon enga­ge­ment contre le fas­cisme. Sachez que, malgré ma condi­tion phy­si­que pré­caire, ils ne me rédui­ront pas au silence. Sachez enfin que jusqu’à mon der­nier souf­fle, j’appor­te­rais mon sou­tien et ma soli­da­rité aux cama­ra­des révo­lu­tion­nai­res et anti­fas­cis­tes avec force et dignité.

Les étoiles sont à nous et nous appar­tien­nent.

La lutte contre le fas­cisme et le capi­ta­lisme conti­nue.

Courage cama­ra­des, ne bais­sez jamais les bras !

Salvatore Cirincione, 21 décem­bre 2012

Notes:

[1] Ceux qui souhaitent mieux connaître mon histoire peuvent regarder le documentaire qui résume ma vie et qui est disponible sur Rebellyon.

Résumé de la mobilisation antifasciste contre la marche des nationalistes dans Lyon le 14 janvier 2012:

Source: Rebellyon, 22 décembre 2012

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