Soutien inconditionnel à Saïdou (ZEP) et Saïd Bouamama, poursuivis en justice pour la publication de Nique La France: devoir d’insolence

Du droit de niquer la france

Le devoir d’Insolence devant les tribunaux

C’est officiel : pour avoir publié ensemble un livre-disque intitulé Nique la France, Saïdou de la ZEP et Saïd Bouamama sont mis en examen pour… racisme antifrançais ! En guise de premier geste de soutien, dans une lutte qui va être longue et difficile, nous republions un premier hommage rendu, dès sa sortie il y a quelques années, à l’un des objets du litige : la chanson de la ZEP – assorti de quelques réflexions sur la question plus large du droit, pour un non-blanc, de niquer la France… et de le dire !

Il y a quelques années, dans un passionnant entretien accordé à la revue Mouvements, Saïdou abordait déjà la question :

« Quand tu prends clairement position contre le privilège racial blanc en France, tout le monde, y compris les gens qui subissent ces discriminations eux-mêmes, vient te voir pour te dire “attention, tu bascules dans la victimisation, le racisme anti-blanc…”. Quand tu prends position là-dessus en tant qu’artiste, ce n’est pas reçu comme tel : on va te définir comme un arabe issu de l’immigration, pas comme un intellectuel ou un artiste. Alors que si Blanchard [1] dit la même chose, tout le monde va dire “Oui, effectivement, c’est indéniable…”. Ou du moins, on ne va pas bondir de la même manière que si c’est moi qui le dis. Il y a un traitement raciste de l’analyse que fait un individu. Le blanc qui siffle la Marseillaise, on va le tolérer plus facilement que l’arabe qui la siffle… L’Arabe sera un “raciste anti-français”, le blanc sera juste un “gauchiste”. L’Arabe n’a pas le droit d’être un gauchiste !

Quand il y a eu les sifflets du Stade de France, on s’est amusé à faire le test : on a joué la Marseillaise en concert, et évidemment presque tout le monde a sifflé, et pas seulement les Arabes ! On a même demandé aux Noirs et aux Arabes de ne pas siffler, pour voir, et évidemment les blancs ont sifflé eux aussi ! Il faut arrêter de se foutre de nous ! Comme si, en France, il n’y avait que les Arabes pour siffler la Marseillaise ! Comme si, chez les franco-français, il n’y avait pas d’anti-patriotisme… Comme si tous les blancs adoraient la Marseillaise, comme si les noirs et les Arabes étaient seuls à la siffler… »

Un an plus tard, il joint le geste à la parole, en enrôlant dans son entreprise de sédition des séniors tout ce qu’il y a de plus blancs. Comment comprendre la chose ? L’arabe est-il devenu gauchiste, ou bien les gauchistes se sont-ils arabisés ? Peu importe, en vérité. Ce qui est certain, qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, c’est que – comme le chantait il y a bien longtemps un certain Bob Dylan – les temps changent !

Note:
[1] Allusion à Pascal Blanchard, chercheur travaillant sur l’histoire coloniale et la transmission de l’imaginaire colonial, auteur notamment du recueil collectif La fracture coloniale, paru aux Éditions La Découverte en 2005.

Source: Collectif Les Mots Sont Importants, 18 octobre 2012

Lire également De l’urgence d’en finir avec le « racisme anti-blanc »

“Nique la France”: un rappeur et un sociologue poursuivis par une association d’extrême droite

Mis en examen pour un ouvrage et une chanson intitulés Nique la France, Saïdou, rappeur, et Saïd Bouamama, sociologue, se réclament d’une longue tradition pamphlétaire. Ils sont soutenus par une pétition.

NTM, Sniper, La Rumeur, Youssoupha… Les artistes hip-hop passent devant la justice depuis que le monde est rap.

Dernières cibles : le chanteur Saïdou du groupe ZEP (Zone d’expression populaire) et le sociologue Saïd Bouamama se voient mis en examen pour“injure publique” et “provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence” sur une plainte de l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), association située à la droite du FN. L’Agrif s’intéresse de près au “racisme anti-Blanc”,récemment piqué dans l’argumentaire d’extrême droite par Jean-François Copé.

En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France,sortis conjointement en 2010 dans une démarche intellectuelle et artistique commune : “On vise deux publics différents, l’idée était de les faire converger. On voulait sortir un outil nouveau, mêlant recherche et art”, expliquent le rappeur et le sociologue.

Pour eux, ce titre provocateur n’est pas une fin en soi. Leur collaboration reflète cette intention. Pour Saïdou le musicien, “c’était à l’époque une réponse à ‘la France, tu l’aimes ou tu la quittes’ et au ministère de l’Identité nationale créé par Nicolas Sarkozy.

Nique la France incarne une expression populaire, spontanée et politique. Qu’on le veuille ou non, elle existe et on l’entend tous les jours dans les quartiers, alors pourquoi ne pas en faire une chanson ?” Saïd Bouamama complète : “Nous voulions comprendre ce que les jeunes veulent dire à travers cette expression. Et ce qu’ils expriment, c’est le sentiment d’être méprisés et insultés. Derrière, (…) il y a une demande d’égalité.”

S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire d’artistes engagés contre l’État français – la “nation de porcs et de chiens” d’André Breton,“le temps que j’baise ma Marseillaise” de Léo Ferré, le “votre République, moi j’la tringle” de Renaud -, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer un Devoir d’insolence, nom de leur comité de soutien. Car l’inégalité dont il est ici question concerne aussi la liberté d’expression. Le sociologue l’interroge ainsi : “Pourquoi Jean-Pierre peut-il dire qu’il n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ?” Du côté de l’Agrif, porter plainte contre des oeuvres touchant à l’identité française et chrétienne est devenu un véritable fonds de commerce. Généralement déboutée par les tribunaux, l’Alliance s’est déjà attaquée au cinéma, avec une plainte contre Amen de Costa-Gavras, aux Guignols de l’info, à la presse, en visant à cinq reprisesCharlie Hebdo, ou encore à des oeuvres littéraires, des associations ou des hommes politiques.

Le comité de soutien Devoir d’insolence lance une pétition qu’il est possible de consulter et de signer sur le site des Inrockuptibles. En attendant de connaître la date du procès des deux Saïd, des collectifs se constituent un peu partout en France, afin d’éviter que ne s’installe “une liberté d’expression à deux vitesses”.

Leur presse – Les Inrocks.com (Basile Lemaire), 28/11/2012 à 06h21

 Ci-dessous la pétition de soutien, pour le devoir d’insolence:

Devoir d'insolence

Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d’expression populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’Agrif, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assènent en refrain :

« Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. »

Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous, ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées. Comme de nombreux habitants des quartiers populaires, ils ont crié leur colère contre les inégalités, les discriminations et la justice à double vitesse.

S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’État français, du « nation de porcs et de chiens » d’André Breton au « le temps que j’baise ma Marseillaise » de Léo Ferré en passant par le « je conchie l’armée française »d’Aragon ou le « votre République, moi j’la tringle » de Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur « devoir d’insolence » afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.

Mais voilà, cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l’est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’État s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours.

NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr. R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses. Pourtant, tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, arabes et musulmans.

En signant cette pétition, nous exigeons que les poursuites contre Saïdou et Saïd Bouamama soient abandonnées. D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves.

Comité de soutien Devoir d’insolence

Ils ont déjà signé :
La Rumeur, YoussouphaCasey, Zebda, Scred Connexion, Rachid Taha, Mathieu Kassovitz, Amazigh Kateb,  Les Ogres de Barback, La Rue Kétanou,  Guizmo (Tryo), Imhotep (IAM), Les Ramoneurs de Menhirs, HK et les Saltimbanks, La Compagnie Jolie Môme, Dub Inc,  Elli Medeiros, Archie Shepp, Slimane Dazi, Axiom, Oai Star, Maitre Madj, Première Ligne (Skalpel, E.One et Akye), Siné,  Raphaël Confiant, Judith Butler, Rokhaya Diallo, Pascal Blanchard, Eric Fassin, Laurent Levy, Pierre Tevanian, Christine Delphy, Elie Domota, Olivier Besancenot, Houria Bouteldja,  Eva Joly, Noel Mamère, Sergio Cornado, Hervé Poly,  Xavier Mathieu, Clémentine Autain, Malsa Garcin.

Pour nous rejoindre et agir : devoirdinsolence@gmail.com

Page Facebook: https://www.facebook.com/devoirdinsolence

Site internet: www.zep-site.com

Signer la pétition en ligne

 Il est clair qu’il nous ait impensables de collaborer avec ce genre d’organisations pourris (LICRA, SOS Racisme), qui inversent les rapports dominants/dominés: ne nous associons pas avec ces porcs

Le livre de Saïdou (ZEP) et Said Bouamama, Nique la France: Devoir d’Insolence en téléchargement libre (cliquer sur la couverture du livre):

nlf

5 réflexions sur “Soutien inconditionnel à Saïdou (ZEP) et Saïd Bouamama, poursuivis en justice pour la publication de Nique La France: devoir d’insolence

  1. Euh, z’avez du lire trop vite, la pétition « Niquons les Inrocks ! » est justement une pétition CONTRE ZEP (et ses soutiens, et les Inrocks) lancée par l’extrême droite :

     » Les premiers signataires de cette pétition sont symptomatiques de la haine de la gauche et l’extrême-gauche envers tout ce qui représente la France et la tradition.
    Parmi les signataires, bon nombre d’immigrés ou descendants d’immigrés qui s’inscrivent dans la même démarche de ressentiment vis-à-vis de la France que les deux mis en examen. Citons notamment Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo, ou encore Marwan Muhamad le porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France.
    […]
    Notre devoir d’insolence, c’est de défendre notre patrie, notre peuple, notre identité contre tous ceux qui les agressent. En mots, en chansons, en actes. »

  2. Ici comme ailleurs, Saïdou et Said Bouamama contre tous les colonialismes

    Les vendredi 13 et samedi 14 septembre 2013, les antiracistes et anticapitalistes de la Haute-Vallée d’Aude accueillaient à Luc sur Aude le groupe lillois Z.E.P (Zone d’Expression Populaire), et le sociologue et militant Said Bouamama, pour un concert militant et une table ronde afin de recueillir quelques fonds en vue d’un procès à venir les concernant.

    Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d’expression populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l’Agrif (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne), un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assènent en refrain :
    « Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. »

    Les ZEP tout comme Said Bouamama ont exprimé clairement et sans ambiguité, ce que pensaient et ressentaient une grande part des présents, le public, les militants, et les groupes et organisations représentées sur place. Le rejet du racisme, le rejet du colonialisme et de l’impérialisme français, tant dans l’hexagone qu’en dehors de ses frontières ainsi que dans ses colonies plus lointaines. La politique pro-sioniste du gouvernement français a largement été évoquée ainsi que le drame palestinien, qui selon Said Bouamama ne pourra être résolu, qu’avec un combat indissociable de la lutte anticapitaliste. Pour notre part en tant qu’occitanistes, c’est avec plaisir que nous avons entendu un sociologue sérieux parler de notre pays tout comme des pays frères que sont le Pays Basque, la Bretagne, ou encore la Catalogne, en tant que nations. Force fut de constater ensemble la montée de l’islamophobie et les manœuvres tant à droite qu’à gauche pour utiliser cette forme de racisme à des fins tout aussi malsaines que l’islamophobie elle-même. Bien évidemment, nous avons insisté sur notre combat pour la libération sociale et nationale de l’Occitanie, dans une démarche de Lutte des classes laïque et antiraciste. Les plaies sexiste et homophobe ne furent pas ignorée du débat non plus.

    L’intervention française au Mali fut évoquée tout comme le malheur subit par le Peuple d’Azawad. Il en fut de même pour la situation en Syrie et la politique de “va t’en guerre” du gouvernement Hollande. L’évocation des pays de l’Amérique du sud sous pouvoir de gauche et particulièrement ceux qui ont voulu redonner la place que méritaient les peuples autochtones, tant dans la vie qu’au pouvoir, permettait de mieux saisir la haine que celles-ci peut suciter auprés des grandes puissances capitalistes. La Bolivie, état plurinational, en est l’exemple. Des camarades perpignanais(es) de BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions) étaient présents aussi et nous faisaient part de leur lutte pour le boycott de l’état raciste d’Israel et des tracasseries en conséquence. Des camarades paysans de la Haute-Vallée ont mis en avant l’urgente nécessité de produire et de se nourrir autrement. Ces mêmes paysans qui nous ont nourris ces deux jours et que nous remercions.

    La convergence des luttes, de toutes ces luttes, apparaissait comme une évidence à toutes et tous, la solidarité internationale comme un outil indispensable à la résolution du problème colonial et du plus gros de nos malheurs, le capitalisme.

    En attendant, vous pouvez consulter et signer la pétition en ligne du Comité de soutien Devoir d’insolence à Saïdou du groupe Z.E.P et à Said Bouamama :
    http://petition.lesinrocks.com/devoirdinsolence/

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