Radicalisme de la misère, misère du radicalisme

Toulouse/Paris : radicalisme de la misère, misère du radicalisme

Reçu par mail et publié par Brèves du Désordre, 31 août 2012

Ils s’envoient des communiqués de soutien mutuels, ils font chauffer le fax en direction de l’AFP, des ministères ou de la préfecture, ils reçoivent l’appui d’une partie de la gauche gouvernementale (Verts) ou des syndicats (Sud, CGT, CNT) et s’en vantent, ils envahissent les sites alternatifs depuis quelques mois, mais que veulent les occupants (et leurs amis) du CREA à Toulouse et du 260 à Paris ?

Ils veulent NE-GO-CIER, et ne cessent de le brailler à tous vents. Et pour cela, ils sont même prêts, audace suprême, à jouer avec les frontières de la loi en occupant illégalement des lieux. Seulement, et cela même les cogestionnaires de la force de travail l’ont appris (eux qui au besoin savent où placer des bonbonnes de gaz et provoquer quelque confrontation musclée), il ne suffit plus de gueuler ou de se promener avec des banderoles dans la rue pour que les puissants entament une négociation réelle. Alors qu’est-ce qu’on peut faire, à part se plaindre en prenant tout le monde à témoin ? « L’Etat prend nos délégués pour des responsables quand il envoie la police », « le ministère tient pas ses promesses », « on se ruine en téléphone et on ne récolte que des CRS » ? Combien de leçons de démocratie réelle faudra-t-il pour que ces partisans du pragmatisme collectiviste trouvent la tactique gagnante sans enfourcher les chevaux de la violence ? Question à mille points qui ne trouvera de réponse que sur le dos d’une partie de leurs mandatés, les indisciplinés de leurs listes de demandeurs d’HLM, les insoumis à la discipline des travailleurs sociaux autogérés.

Comme on pouvait dire cyniquement qu’un des pires produits du fascisme était l’anti-fascisme, on pourrait dire au vu des extraits qui suivent, qu’un des pires produits de la misère est la misère du radicalisme. Faire du syndicalisme de base sans même créer de rapport de force n’a jamais rien produit, mais surtout, penser réussir une négociation avec l’Etat sans rien offrir en contrepartie, sinon de la pacification sociale, relève sinon de la naïveté, en tout cas de l’illusion démocrate. Une chose est de se battre pour bien plus que des cages à poules ou des centres (même sociaux) et que l’Etat fasse des concessions, une autre est de collaborer avec lui. Quant au dialogue, il n’est possible qu’entre égaux, c’est à dire en situation de liberté (sans le chantage de la matraque) et de réciprocité (sans médiation). Dans une perspective révolutionnaire, le seul langage qui tienne avec l’Etat est celui de la confrontation…

Enfin, au-delà du recyclage des vieux fonds de marmite (Des logements sociaux ! Le pouvoir au peuple !), à quoi bon tous ces rendez-vous pour demander son dû à not’ bon maître ? Face au vide relatif laissé par les structures de médiation traditionnelles, il semble que les apprentis-bureaucrates se bousculent de plus en plus au portillon, et qu’ils peuvent affluer de tous les milieux. Cela tombe bien, face à l’incertitude liée aux restructurations en cours et aux possibilités d’explosions sociales toujours plus incontrôlables, le pouvoir a besoin d’interlocuteurs pour négocier quelques miettes, même s’il n’est plus disposé à les lâcher aussi facilement qu’avant. A l’heure où beaucoup se rendent compte bon gré mal gré qu’on n’aura que ce qu’on arrachera, et où les illégalismes se font toujours plus diffus, il est plus que temps d’approfondir l’antagonisme social qui se creuse entre le vieux monde de la cogestion et de l’aménagement négocié de la survie et tous ceux qui ont tout à prendre, et beaucoup à détruire.

Face à tous les pouvoirs et à ses faux critiques, action directe sans médiation !

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Toulouse

« Contrairement aux affirmations de la préfecture, les habitant-es n’ont non seulement pas refusé « les propositions de contact » mais ils et elles ont à travers de très nombreux courriers et appels téléphoniques contacté la préfecture, le ministère des affaires sociales et le ministère du logement afin de trouver des solutions viables et concrètes pour les familles. Il semble nécessaire de préciser que chaque famille présente sur ce lieu de vie a toujours bénéficié « d’un suivi social qualifié » assuré par des professionnels, lors des permanences hebdomadaires au CREA et régulièrement par divers services sociaux. »

Le CREA et des membres de la campagne Zéro personne à la rue, Le CREA expulsé, et maintenant ?, 29 août 2012

« Mercredi [30 août] à la mi-journée, des militants du CREA se sont rendus au siège de la direction régionale de la cohésion sociale à Toulouse. L’objectif pour eux étant « d’entrer en contact avec le ministère des affaires sociales », propriétaire du bâtiment allée des Demoiselles dont ils ont été expulsé mardi, via son antenne locale. « On veut au moins un coup de fil pour leur dire qu’on n’accepte pas cette expulsion qui met à la rue des familles et des enfants et aussi contester le communiqué de la préfecture », expliquait un militant sur place. La veille, la préfecture de Haute-Garonne avait affirmé que les militants du CREA avaient refusé toute tentative de contact avec les services de l’État. « On nous a même reçus à la préfecture, c’est qu’on a pas refusé le dialogue », expliquait une militante. »

Carré d’info, 30 août 2012

« L’absence de reconnaissance des pouvoirs publics pour toute l’énergie que vous avez déployée est surprenante tant l’exercice de la démocratie y était intelligente. »

Le Collectif Urgence Précarité 44 (en soutien au CREA et publié sur son site), 30 août 2012

« Pour EELV, il est important d’instaurer en outre un dialogue entre les acteurs du projet, l’Etat et les collectivités locales, au premier rang desquelles la Ville de Toulouse. »

Communiqué des Verts en soutien au CREA (et publié sur son site), 29 août 2012

« Suite au rendu du Tribunal Administratif concernant l’expulsion du bâtiment du CREA et malgré de nombreuses tentatives pour dialoguer avec le ministère des affaires sociales et sa Ministre Marisol Tourraine, propriétaire du Créa nous avons demandé un rendez-vous à la Préfectureconcernant l’avenir du lieu et de ses habitants. Lundi 30 juillet, la préfecture a reçu des membres la campagne de réquisition, du centre social et des habitants du CREA et nous a confirmé qu’elle comptait mettre à exécution la décision du tribunal »

CREA, Mais que fait la préfecture ?, 1er août 2012

« Par le plus grand des hasards, Daniel Cohn-Bendit se trouvait sur la place, le cortège en a profité pour l’interpeller sur l’urgence de la situation du Centre Social Autogéré. Celui-ci, nous a gracieusement donné le numéro de téléphone personnel de Cécile Duflot que nous tentons de joindre depuis cet instant. Par la suite, nous avons aussi interpellé Pauline Lavaud (attaché parlementaire de Cécile Duflot) par téléphone pour exiger l’arrêt de la procédure d’expulsion. Après plusieurs échanges téléphoniques, bla bla bla »

Communiqué du CREA, 1er juin 2012

« Nous avons ensuite [le 10 mai 2011] rencontré Mme Touchefeu, adjointe au maire chargée de la solidarité et de la politique de la Ville afin de lui présenter notre projet et lui demander le soutien de la mairie lors du prochain procès. Aucun engagement clair ne nous fut donné. »

« Nous avons ensuite été reçus, avec le GPS (Groupement pour la Défense du Travail social), par la préfecture (…) Le GPS a, quant à lui, pu défendre son projet finalisé le 31 mai lors d’une table ronde à la préfecture : « Projet d’habitat adapté au centre ville de Toulouse pour les personnes en situation de très grande précarité ». »

Brochure d’auto-présentation du CREA, p.3

« Le relais santé et social est assuré par des coopérationsavec la Case de Santé d’Arnaud Bernard (centre de santé communautaire), Psychologues du monde, le Réseau Education Sans Frontières (RESF), la CIMADE, l’Utam d’Empalot, l’Office Français pour l’Immigration et l’intégration… Nous bénéficions aussi de soutiens médiatiques de la part de journalistes régionaux (La Dépêche du Midi, 20 minutes Toulouse,…) et nationaux (Libération, L’Humanité) ou d’organisations comme Reporters Sans Frontière ou la Ligue des Droits de l’Homme. »

Brochure d’auto-présentation du CREA, p.7

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Paris-20e

« Au début de l’année 2012, plusieurs collectifs de mal-logés, de chômeurs et précaires se rassemblent pour répondre collectivement au problème du logement. Après avoir occupé plusieurs bailleurs sociaux et mairies pour demander des relogements, l’assemblée décide de ne plus attendre et de prendre un bâtiment. (…) Suite à la perturbation d’un meeting de Cécile Duflot, entre les deux tours des élections législatives, nous avons été reçus au ministère du logement. Les élections passées, le ministère a rompu tout contact. »

Appel à une manif pour le 8 septembre 2012

« Le syndicat CNT-PTT-RP exprime sa solidarité avec les habitants du 260 et soutient leur demande d’une négociation pour la régularisation de leur présence dans ce lieu. »

Communiqué de soutien du syndicat CNT PTT (publié sans être contredit sur le blog de Paris20), 8 août 2012

« En fin de matinée aujourd’hui a eu lieu un rassemblement d’un collectif de mal-logés devant la mairie du 4ème arrondissement de Paris. Une délégation a été reçue (…) La négociation s’est bien déroulée et ils ont obtenu l’assurance par une élue Front de gauche du 4ème arrondissement de faire remonter les revendications. »

Comité National CGT des Privés d’Emploi (publié sans être contredit sur le blog de Paris 20), 20 juin 2012

« Durant cette occupation notre tract a été faxé chez Manoavec la liste des mal logés de la coordination des collectifs, un autre à l’AFP, un à la direction des affaires sociales en solidarité avec la lutte du CREA menée sur toulouse et un au ministère du logement. »

Le 260, Occupation du bailleur “social” Toit et joie du 31 mai, 3 juin 2012

« Quelques dizaines de mal-logés ont investi la mairie du 20e, mardi dernier afin de réclamer des logements sociaux et des hébergements d’urgence. À peine se sont-ils présentés que la mairie a tenté de leur fermer ses portes, puis a ensuite fait appel à la police. Il n’a été à aucun moment possible de faire part de nos revendications, pourtant fort modestes pour certaines d’entre elles (obtenir un rendez-vous, faire faxer une liste de mal-logés à des responsables du logement). »

Collectif du 20e contre les expulsions, 24 mai 2012

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Paris-18e

 » Il est inadmissible qu’à ce jour nous n’ayons aucune réponse de votre part quant à notre rendez-vous du 27 Juin avec Monsieur Archimbaud, directeur adjoint de votre cabinet [du ministère], et Madame Lavaud, qui a été annulé sous prétexte de session parlementaire. Depuisvous n’avez pas daigné nous proposer un autre rendez-vous afin que la liste du collectif des mal logés du 18ème sans frontières et d’autres collectifs soient enfin conclues. (…) Nous n’attendrons plus ! Tenez vos promesses ! »

Collectif des mal logés du 18ème sans frontières [qui participe à l’occupation du 260], Lettre ouverte à Madame Duflot, 21 août 2012


Ô joie du double langage, ou les faux-nez du démocratisme radical

« Notre solution, c’est la reprise de nos moyens d’existence par nous-mêmes ! »

260 rue des Pyrénées n°1, juillet 2012

« Nous avons créé ce lieu de vie, d’organisation et de lutte pour obtenir directement ce dont nous avons besoin » et un peu plus loin : « Une délégation de 4 personnes a été reçue par son [de la ministre] directeur adjoint de cabinet, Jacques Archimbaud, et par Pauline Lavaux, conseillère parlementaire. Notre délégation a présenté les revendications suivantes : 1) des logements sociaux pour tous les gens qui en ont besoin, et notamment celles et ceux dont les noms sont écrits sur les listes de mal logé-e-s que nous amenons ». Puis « Parallèlement à la rencontre au Ministère, un autre groupe a occupé l’Union sociale pour l’habitat qui est la fédération des sociétés HLM. Le délégué général, Thierry Bev, s’est engagé à faire la médiation entre les habitant-e-s du 260 rue des Pyrénées et le bailleur Toit et Joie. »

Communiqué du 260 rue des Pyrénées, 13 juin 2012

« Nous avons trouvé une porte et posé nos bagages pour nous installer, créer un lieu de vie, d’organisation et de lutte pour obtenir directement ce dont nous avons besoin et pourrir ceux qui pourrissent notre vie au quotidien. »

Tract du 260 d’appel à une action pour le 13 juin 2012

« Nous sommes déterminés à devenir le cauchemar du pouvoir tant que nous n’aurons pas eu gain de cause. »

Les habitants du 260 rue des Pyrénées, 10 juin 2012

Sources : [Note : comme il est précisé plus haut, nous avons reçu ce texte et sa compilation par mail. Si nous prenons le temps et l’énergie pour contribuer au site de « cette semaine », ce n’est pas pour nous auto-référencer ensuite sur les Indymedia, ou tout autre truc alterno. Nous ne publions jamais rien sur les Indymédias pour des divergences de contenu, pour ne pas alimenter la confusion qui y règne, pour ne pas cautionner le libéralisme de l’open publishing. Malheureusement, l’article ci-dessus a été immédiatement copié/collé sur divers Indymedias le jour même de sa parution (avec parfois pour signature « cettesemaine » !) par des idiots anonymes. Cela relève manifestement de l’ignorance totale du projet des « brèves du désordre »]

2 réflexions sur “Radicalisme de la misère, misère du radicalisme

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