[Algérie] Emeutes contre la misère à Alger «On vous a dit que la violence était le seul langage que comprennent les autorités»

Les habitants de la cité Diar El Baraka renouent avec les émeutes 

Une centaine d’habitants de la cité Diar El Baraka à Baraki, dans le sud d’Alger, sont montés hier au créneau pour revendiquer leur relogement. La route menant vers la daïra a été bloquée avec des pierres et des pneus brûlés.

Les affrontements ont commencé après l’intervention des forces de l’ordre pour débloquer la route. Les manifestants ont bloqué l’entrée principale du siège de la sûreté de daïra et de la daïra,  indiquant qu’il y a environ 1500 familles qui habitent dans de vieilles bâtisses datant de 1958 et qui ne sont plus habitables aujourd’hui. «On réclame un seul droit, celui d’être relogés décemment. On est dans une situation très précaire.

On veut une réponse claire et directe et non encore des promesses qui n’ont pas été respectées à ce jour. On a protesté à plusieurs reprises, mais nos doléances n’ont pas été entendues et n’ont pas été prises en charge. Le wali délégué refuse de nous recevoir, c’est pour cela qu’on a décidé de ne pas bouger d’ici jusqu’à ce qu’on ait au moins un avis», ont indiqué les protestataires sur les lieux.

D’autres manifestants assis devant le siège de la daïra diront : «On va renouer avec la colère et barricader la route parce qu’on en a ras-le-bol d’attendre». Pour eux, le recours aux manifestations devient la seule alternative pour faire entendre leur voix par les responsables qui refusent de les écouter. Enfin, le wali délégué a accepté de recevoir des représentants des contestataires.

Dehors, les citoyens n’ont pas cessé de dire qu’ils parlent de revendications «légitimes», alors que d’autres parlent de «manipulation». «Nous avons depuis longtemps mis en garde nos responsables locaux quant à une prise en charge de nos problèmes, surtout en matière de relogement. Ils ont préféré faire la sourde oreille à nos revendications. Aujourd’hui, qu’ils assument leurs responsabilités», nous dit un groupe d’émeutiers.

Au terme de la réunion qui a duré plus de 30 minutes, le wali délégué, selon les déclarations des représentants, leur a demandé de constituer une commission pour les représenter avec un chef qui restera en contact permanent avec lui. Nous avons tenté sans succès de joindre ce responsable qui a refusé de nous recevoir. Dans l’après-midi et au moment où nous mettions sous presse, la tension était toujours palpable dans ce quartier de la capitale.

Leur presse – Le Temps d’Algérie (M.C), 26/08/2012

JOURNÉE DE PROTESTATION À BACHDJARAH

Les émeutes de l’électricité aux portes d’Alger

Les habitants de ce quartier populaire de la capitale ont dû recourir à l’émeute pour que le courant électrique soit rétabli.

Et ça disjoncte à Bachdjarah…! Dimanche dernier, à trente minutes de la rupture du jeûne, cette commune (quartier populaire d’Alger) a basculé dans une violente protestation. Une centaine de jeunes ont investi la rue. Pour cause, depuis samedi à minuit, des quartiers entiers ont rejoint la rive des «non – électrifiés».

La moitié de la ville est restée sans eau ni électricité depuis cette date fatidique! Cette situation conjuguée à la canicule et au Ramadhan a poussé ces jeunes à la révolte! Ils sont descendus au niveau du boulevard principal de la ville (Tennis-Club) pour dénoncer cette situation.

En quelques minutes, la route a été barré en plusieurs endroits par les jeunes en furie! Pneus brûlés, troncs d’arbres, morceaux de ferraille et pierres et autres objets hétéroclites ont été utilisés pour fermer la voie publique.

Ces jeunes ont de ce fait rompu, non pas le jeûne, mais la soumission aux autorités et à leur indifférence. «48 h sans électricité ni eau vous vous rendez compte», peste un jeune, visage couvert d’un bout de tissu. «C’est inhumain de nous laisser comme cela en plein mois de Ramadhan», ajoute-t-il. «Ils veulent nous pousser à la révolte ou quoi?» s’interroge un autre jeune qui venait de brûler un pneu. «Toutes nos provisions alimentaires sont passées à la poubelle», dénonce de son côté un père de famille qui était descendu pour apporter son soutien aux jeunes de son quartier.

«Je suis contre la violence et de ce fait je ne tolère pas les émeutes. Mais que voulez-vous, c’est le seul langage que comprennent les autorités», explique-t-il. «Leur indifférence nous pousse à la révolte», poursuit-il. «C’est simplement un déni. Après maintes réclamations auprès de la Sonelgaz, ils nous ont informés que cette coupure est causée par une panne et que son rétablissement n’interviendra que dans 3 à 7 jours, chose que nous n’accepterons jamais en ces temps de canicule ramadhanesque», crie un autre homme qui a tenu à dénoncer le calvaire dans lequel ils étaient plongés depuis deux jours. Les émeutes de l’électricité sont donc bel et bien aux portes de la capitale. Après le quartier La Montagne, c’est au tour de Bachdjarah de se soulever. Ils sont tous unanimes: «C’est de la pure hogra, c’est de la provocation.» Durant tout ce temps, la tension monte d’un cran sous le regard à la fois impuissant et stratégique, des dizaines de policiers dépêchés sur les lieux. Les policiers sont déployés mais ne sont pas intervenus. C’est le même constat fait durant pratiquement toutes les émeutes de «l’électricité». Il semblerait qu’ils aient reçu des instructions pour laisser faire et ne pas envenimer la situation durant le Ramadhan. Il est 19h45, l’appel du muezzin retentit.

C’est l’heure de l’Iftar. La foule de jeunes en furie décide de rentrer le temps de rompre le jeûne. Mais quelques cuillerées de Chorba avalées, à la lueur d’une bougie, et rebelote. Le courant n’était toujours pas rétabli! La colère des jeunes remonte d’un cran. Ils sont aussitôt ressortis pour «tout brûler», fait savoir un jeune émeutier rencontré sur place. «Nous ne bougerons pas d’ici tant que nous ne verrons pas nos foyers éclairés», atteste cette jeunesse qui a basculé dans la violence à cause de l’électricité. «Si délestage y aura, qu’ils délestent dans les quartiers chics de la capitale. Eux n’ont pas été inquiétés», rétorquent-ils. Finalement, après deux heures de protestation, une lueur vient enfin illuminer la dure journée de ces jeunes. L’électricité est de retour dans pratiquement tous les quartiers de la commune. Les quelques quartiers qui restent seront «reconnectés» le lendemain (hier) vers dix heures du matin. «Vous voyez, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas réparer avant 3 à 7 jours. Mais comme par magie, on sort dans la rue, le courant électrique revient», atteste un jeune heureux que l’électricité soit enfin de retour. «On vous a dit que la violence était le seul langage que comprennent les autorités», conclut-il avec un clin d’oeil. Voilà donc qu’après avoir touché plusieurs régions du pays, les émeutes de l’électricité se rapprochent de la capitale…

Leur presse – L’Expressiondz.com (Par Walid AÏT SAÏD), 14/08/2012

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