[Québec] Manifestations à Montréal contre la tenue du Grand Prix de F1 – 7 juin 2012

Ouverture du Grand Prix: un cocktail de célébrations et de manifestations

Une activité de perturbation du cocktail d’ouverture du Grand Prix, une grande manifestation nue et l’habituelle manifestation nocturne ont animé le centre-ville de Montréal jeudi. Au total, la police a procédé à 39 arrestations, en vertu du Code criminel et pour violation de règlements municipaux.

Comme prévu, quelques centaines de manifestants s’étaient donné rendez-vous vers 17h à l’angle des rues des Seigneurs et Notre-Dame, dans le sud-ouest de la ville.

Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) n’a pas laissé le temps de souffler aux manifestants, qui étaient réunis à l’occasion de la grande fête d’ouverture du Grand Prix. Après 20 minutes, ils ont pris en souricière plus de 200 manifestants pour procéder à des arrestations ciblées dans le groupe.

C’est que s’y tenait out près le «Grand soir», soirée mondaine et caritative à très fort prix d’entrée. Des pilotes de Formule 1 y étaient aux côtés d’autres personnalités, dont l’ex-champion du monde de F1 québécois Jacques Villeneuve, qui a donné son opinion sur le conflit étudiant.

La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) souhaitait perturber cette soirée qui symbolise pour elle «le machisme, la phallocratie et la pollution» associés à la tenue du Grand Prix. Un événement qui «exploite la majorité pour le bonheur de la minorité», a scandé un orateur au début de la manifestation.

Peu après 17h, le SPVM a déclaré la manifestation illégale, en raison du port du masque de certains, de l’absence d’itinéraire et de l’entrave à la voie publique.

Et les policiers n’ont pas toléré cela bien longtemps.

Peu après 17h20, un peloton du groupe d’intervention est arrivé par le nord sur des Seigneurs et a repoussé environ 200 personnes vers l’est sur Notre-Dame, d’où arrivait un autre peloton qui a refermé la souricière. Certains manifestants ont tenté de fuir ou d’entrer dans des immeubles à logements, en vain.

Les manifestants, indignés, ont alors réclamé l’habituel avis de dispersion généralement lancé par les policiers quand une manifestation est déclarée illégale.

«Nous n’avons pas eu d’avis de dispersion. Je n’ai pas entendu l’avis de manifestation illégale. Habituellement, quand la manifestation est déclarée illégale, je quitte. J’étais ici pour manifester pacifiquement», a déploré un manifestant pris dans la souricière.

Mais il n’y a pas eu d’avis de dispersion, parce que le SPVM a adopté une autre tactique. Les policiers ont décidé de ne pas procéder à une arrestation de masse, mais de plutôt entrer en petits groupes dans la foule pour y procéder à des arrestations ciblées.

Rapidement, des manifestants masqués, qui n’étaient pas très nombreux, ont retiré leurs vêtements noirs et leur masque. Le sol était alors jonché de vêtements, de lunettes de natation ou autres, de pots de confiture remplis de peinture, de jambières de soccer et même de drapeaux noirs.

Pendant près d’une heure, les policiers ont saisi des manifestants un à un, causant parfois la colère de la foule. Plus le temps passait, et plus les policiers de faisaient chahuter, pousser, insulter. Un agent a aspergé les manifestants de gaz irritant et un autre y est allé de coups de poings, mais pas de matraque. Puis les manifestants se sont ensuite fait refouler dans un espace plus petit. Si confinés, il leur était difficile de bouger.

«Nous avons arrêté des gens qui ont adopté la tactique du black bloc. L’un d’eux était en possession d’un cocktail Molotov», a annoncé le commandant du SPVM Ian Lafrenière.

Puis les manifestants qui n’avaient pas été arrêtés se sont fait annoncer peu après 18h qu’ils pouvaient finalement se disperser.

Des manifestants en ont rejoint d’autres qui n’avaient pas été arrêtés et se sont mis à marcher dans les rues du coin. Environ 200, ils se sont rendus jusqu’à la rue Crescent, où ont lieu les festivités principales du Grand Prix.

Ils y étaient attendus par un cordon de policiers.

La tension a monté.

Lors d’un premier assaut, des manifestants ont tenté sans succès de forcer la ligne de policiers de quartier qui bloquaient l’accès à la rue Crescent. Matraques et poivre de Cayenne ont répliqué.

Quelques minutes plus tard à peine, des manifestants se sont emparés de quelques grosses clôtures de métal et les ont lancées devant les policiers. Des protestataires ont aussi lancé des projectiles divers ainsi que l’étendard géant d’un commanditaire de l’événement.

Au moins deux femmes et un homme ont été arrêtés de façon musclée dans les affrontements.

Un autre homme a été arrêté cinq minutes plus tard, après une course-poursuite à pied. Selon des témoins, il aurait endommagé un véhicule de luxe.

À 19h, le gros de la foule était dispersé, mais la soirée n’était pas terminée. Deux grandes manifestations, dont l’une nue, et l’habituelle manifestation de 20h30 au départ du parc Émilie-Gamelin, se sont rejointes pour former un cortège hétéroclite de nudistes, de black blocs et de manifestants de tous horizons. Ils étaient environ 2000.

Angle Sainte-Catherine et Mansfield, d’imposants pelotons de policiers du groupe d’intervention ont tout tenté pour leur faire rebrousser chemin.

Un feu d’artifice a été lancé et a explosé en plein milieu d’un groupe de policiers. Un engin fumigène semble aussi avoir été lancé en leur direction. Un manifestant torse nu, mais cagoulé, a été vu en train de rayer des voitures de luxe.

Le groupe d’intervention a répliqué par une opération de dispersion musclée.

Le groupe a considérablement rétréci à ce moment, mais a tenté de revenir à la charge vers le secteur des festivités.

À 22h, une trentaine d’arrestations étaient signalées par le SPVM pour toutes les manifestations de la soirée. Certaines pour des infractions à des règlements municipaux, d’autres pour voies de fait et possession d’engins explosifs, indique la police.

Vers 22h45, la plupart des manifestants s’étaient dispersés.

Leur presse – La presse canadienne, 08/06/2012

Manifestation des étudiants à Montréal contre le Grand Prix de F1

Voyant un lien entre le Grand Prix automobile et leur combat contre la hausse des frais de scolarité, quelques milliers d’étudiants québécois ont manifesté jeudi, la veille des premiers tours de piste. Bilan: 39 arrestations.

Entre deux et trois mille jeunes gens, dont beaucoup presque entièrement dévêtus, ont manifesté jeudi soir à Montréal pour protester contre le Grand Prix de F1 de ce week-end et la hausse des frais de scolarité. Une quarantaine de personnes ont été arrêtées.

La police anti-émeute, d’abord discrète, a ensuite fermement empêché les manifestants de s’approcher du quartier où les stands du Grand Prix automobile ont été installés dans une rue piétonne, remplie d’invités en tenue de soirée et de voitures de luxe.

Demande de transparence

Les étudiants voient un lien entre le Grand Prix, « événement élitiste » selon eux, en partie financé par le Québec, et leur combat pour refuser la hausse des frais de scolarité prévue par le gouvernement invoquant ses problèmes de financement.

En fin de soirée, le bilan s’élevait à 39 personnes arrêtées. Certaines d’entre elles l’ont été pour possession de cocktail Molotov, voies de fait sur un policier ou jets de pierres, de morceaux de bois ou de peinture sur les forces de l’ordre.

« Notre nudité exprime la demande de transparence », a déclaré un étudiant du collège de Maisonneuve à Montréal, vêtu d’un slip de coton gris. « Le gouvernement en manque, il cache ses vraies motivations, on l’a vu dans la négociation » sur les frais de scolarité, a-t-il ajouté.

Leur presse – RTS.ch (ats/afp/vtom), 08/06/2012

Conflit étudiant: des employés du Grand Prix visés par la police

À l’aube des festivités de la Formule 1, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à une rafle chez les militants étudiants, hier. Des agents ont perquisitionné chez le député Amir Khadir, dont la fille a été arrêtée. Malgré les critiques qui s’élèvent, les autorités tenteront sous peu d’arrêter d’autres contestataires après avoir découvert que certains d’entre eux occupaient des emplois temporaires au Grand Prix de Montréal, a appris La Presse.

C’est au terme de plusieurs enquêtes criminelles distinctes reliées à la crise étudiante que les policiers sont débarqués dans les milieux militants. Six personnes ont été arrêtées et pourraient passer le week-end en prison, mais cinq cibles échappaient toujours au coup de filet, hier soir.

Le SPVM assure que le moment choisi pour leur capture était dicté par l’évolution des enquêtes sur les épisodes de perturbation passés et non par crainte de voir les manifestations étudiantes ternir la grande messe de la Formule 1.

«Il n’y a aucun lien à faire entre ces arrestations et le Grand Prix. Le seul message que nous envoyons, c’est qu’aucun acte criminel ne sera toléré, peu importe la situation», a martelé l’agent Yannick Ouimet, porte-parole du SPVM.

Mais selon ce qui transpire sur le terrain, des enquêteurs ont tout de même lancé des recherches frénétiques hier soir pour retrouver des manifestants qui occupaient de petits emplois temporaires dans l’organisation du Grand Prix. Une des six personnes arrêtées  serait du nombre.

Pour l’instant, l’arrestation qui a fait le plus de bruit est celle de Yalda Machouf-Khadir, fille du député de Québec solidaire, Amir Khadir.

Sur le coup de 6h hier matin, des policiers se sont présentés au domicile familial, sur le Plateau Mont-Royal, et ont informé Nima Machouf, la femme du député, qu’ils étaient là pour arrêter sa fille de 19 ans.

La jeune fille dormait avec son ami de coeur, Xavier Beauchamp. Les deux se sont habillés, ont été menottés, puis amenés au poste de police. Une équipe d’enquêteurs a ensuite investi la résidence en quête d’objets incriminants.

«Je vais vous surveiller»

«Je vais vous surveiller pour m’assurer que vous ne saccagiez pas ma maison et n’humiliiez pas ma famille et le quartier», leur a lancé Mme Machouf, révoltée.

Les policiers auraient dit à la mère de famille que l’arrestation avait un lien avec le saccage du bureau de circonscription de l’ex-ministre de l’Éducation Line Beauchamp, le 13 avril.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, les policiers ont aussi perquisitionné dans l’ancien appartement de François-Vivier Gagnon, un des accusés dans l’affaire des bombes fumigènes dans le métro, le 10 mai.

Ils se sont aussi rendus chez l’ancien candidat de Québec solidaire Sébastien Robert, à Longueuil. Ils y cherchaient Hugo Lebleu-Tadros, qui a déjà été arrêté dans le cadre du conflit et qui devait loger là-bas à compter d’hier soir en vertu de ses conditions de libération.

«Il est évident que ce n’est pas un hasard, cette opération. Le Bahreïn avait fait la même chose avant son Grand Prix pour arrêter des opposants politiques. On veut créer un effet psychologique sur les étudiants», affirme M. Robert.

Le SPVM mentionne que la vague d’arrestations est reliée à divers méfaits commis au bureau de l’ex-ministre Beauchamp, à l’Université de Montréal et dans le métro. Les suspects ne sont pas tous reliés entre eux. Ils seront accusés, selon les cas, d’introduction par effraction, de méfait, de voies de fait sur policier, d’intimidation de membre du gouvernement, de complot et même d’incitation à craindre des activités terroristes.

La Presse a mentionné à une source policière que le moment choisi pour intervenir pouvait difficilement passer pour un hasard. Réponse: «Ça tombe bien, en effet, qu’ils soient en dedans pour le week-end du Grand Prix. Mais l’enquête dure depuis un mois, depuis l’affaire des fumigènes dans le métro.»

Cette source était aussi consciente des parallèles que certains observateurs peuvent tracer avec le Sommet des Amériques à Québec, en 2001. Juste avant l’événement, la police avait lancé une opération spectaculaire contre des activistes. Des jeunes avaient été arrêtés en possession d’armes, en route pour Québec. Puis, leur procès avait révélé que leur groupe, Germinal, avait été infiltré par deux agents de la GRC depuis deux mois, donc que les arrestations auraient pu être effectuées bien avant. Le procès avait aussi révélé que ces agents avaient joué un rôle actif dans la préparation des plans de perturbation de Germinal.

L’affaire est différente cette fois, assure le policier. «Aucun infiltrateur n’a été utilisé pour les arrestations d’aujourd’hui», souligne-t-il. Les suspects se seraient incriminés eux-mêmes en laissant des traces ou auraient été dénoncés.

Rivalité

Tant le SPVM que la SQ ont encore plusieurs enquêtes en cours sur des activistes étudiants. Certains dossiers se recoupent, et il existe une certaine rivalité entre les enquêteurs des deux organisations. Ainsi, selon ce que La Presse a appris, des agents du SPVM auraient préféré que la SQ ne soit pas mise au parfum de l’enquête sur la fille d’Amir Khadir, de crainte que de l’information ne se rende au député.

Des policiers montréalais narguent la SQ car elle aurait «peu accompli» dans le dossier étudiant. Des gens de la SQ rétorquent qu’ils ne sont pas là pour faire «des shows de boucane».

Les hautes instances des deux organisations collaborent toutefois étroitement et se rencontrent souvent pour discuter de la crise. Hier soir, le SPVM a eu l’aide de la SQ, responsable de la surveillance du quadrilatère entourant l’endroit où se tenait le cocktail du Grand Prix. Dimanche, la mission des «verts» sera de protéger à tout prix le pont Jacques-Cartier, accès vital au circuit Gilles-Villeneuve.

Presse bourgeoise – La Presse canadienne, 08/06/2012


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