[GRECE] Manifs & grèves massives contre les nouvelles lois anti-sociales – jeudi 22 septembre 2011

Athènes paralysée, après l’annonce d’un nouveau plan de rigueur

Grèce, Correspondance – Athènes était sans aucun transport, jeudi 22 septembre, en raison d’une grève des sociétés publiques de bus, de métros et de trains mais aussi des chauffeurs de taxis. Des centaines de vols ont été annulés, en raison d’un mouvement des aiguilleurs du ciel. Des embouteillages ont paralysé la capitale, au lendemain de l’annonce de nouvelles mesures d’austérité, qui a assommé la Grèce.

« Les salariés et les retraités sur l’autel du sacrifice », titre le premier quotidien, Ta Néa, proche du parti socialiste grec au pouvoir (Pasok), tandis qu’à gauche, Elefthérotypia s’indigne: « Des impôts à partir de 350 euros par mois ! » Le seuil d’exonération fiscale est tombé à 5 000 euros de revenus par an.

Des fonctionnaires, des enseignants et des étudiants ont également organisé des manifestations, jeudi après-midi. Mais cette journée de grève est présentée par les syndicats comme un simple préambule à des mouvements sociaux plus durs. Deux journées de grève générale sont prévues les 5 et 19 octobre. « C’est une politique que nous ne tolérons pas. On n’en veut pas. Nous nous y opposons de façon constante et totale », a déclaré Iannis Panagopoulos, le président du syndicat du secteur privé, GSEE.

Les étudiants s’opposent enfin à la réforme des universités qui a été adopté par le parlement à la fin du mois d’août. Des mouvements d’occupation des universités ont déjà commencé. La contestation devrait grossir au cours du mois d’octobre.

Des étudiants ont manifesté à Athènes, le 22 septembre.

Des étudiants ont manifesté à Athènes, le 22 septembre.REUTERS/YANNIS BEHRAKIS

LE SECTEUR PRIVÉ AUSSI MOBILISÉ

Le mouvement des salariés du transport public rencontre celui du secteur privé. Les chauffeurs de taxis protestent contre le projet de dérèglementation de leur profession. Ils ont fait une dizaine de jours de grève en pleine saison touristique, en juillet et août. Le gouvernement veut rendre gratuite l’attribution des licences de taxis, qui se vendent – et se revendent – plusieurs dizaines de milliers d’euros, pas toujours dans une grande transparence fiscale.

Le patronat est également en colère. « La Grèce se transforme en hospice pour les pauvres, avec de nouvelles mesures annoncées chaque jour et chaque semaine », a commenté le patron de la Chambre de commerce et d’industrie d’Athènes, Constantinos Michalos, qui estime que la politique menée ne peut être « supportée ni par les entreprises, ni par les travailleurs ni par les retraités » et qu’elle conduira à la « destruction économique et sociale du pays ».

Le nouveau plan de rigueur a été imposé par la « troïka » – les représentants du Fonds monétaire international de la banque centrale européenne, et de l’Union européenne – ulcérée de voir que les réformes promises par le gouvernement n’avançaient pas. Le gouvernement prévoit la baisse des retraites de plus de 1 200 euros et la mise en chômage technique de 30 000 employés du secteur public.

« Ces mesures sont destinées à nous protéger pour éviter la crise », a plaidé le ministre des finances Evangélos Vénizélos, en se référant à la situation de l’Argentine qui a fait faillite en 2000. Il devra convaincre son propre ministère. Les salariés du ministère des finances (administration, fisc et douanes) ont annoncé deux jours de grève les 27 et 28 septembre.

Presse bourgeoise – Le Monde (Alain Salles), 22/09/2011

 

La colère gronde de plus en plus fort en Grèce

Le premier ministre appelle les Grecs à faire un effort supplémentaire pour justifier les nouvelles mesures d’austérité du gouvernement, mais la fronde sociale s’amplifie dans le pays.

Le premier ministre Georges Papandréou a, jeudi, une nouvelle fois, appelé les Grecs à «faire encore un effort». Au Parlement où il rencontrait les députés de la région des îles ioniennes et de la Crête, il a reconnu que «dans un climat international très dur et défavorable» il était inévitable de donner un nouveau tour de vis pour «garantir les décisions importantes du 21 juillet qui accordent à la Grèce un nouveau paquet de sauvetage et allègent la dette».

Une manifestation d'enseignants et d'étudiants, jeudi, dans le centre d'Athènes.

Mais deux jours après l’annonce des nouvelles mesures d’austérité, les Grecs accusent difficilement le coup. Pour pouvoir obtenir le sixième versement du prêt des 110 milliards d’euros, soit 8 milliards d’euros, le gouvernement a du s’en prendre cette fois-ci directement aux foyers : réduction de 20 % sur les retraites supérieures à 1200 euros par mois, 30.000 fonctionnaires placés en chômage technique et abaissement du seuil de non-imposition à 5000 euros par an.

Pour Thanassis, enseignant au collège, la situation est devenue intenable. «Depuis dix-huit mois, on se réveille tous les matins, avec une boule au ventre en attendant le prochain couperet», déplore-t-il. Jusqu’à présent, Thanassis ne participait pas aux mouvements de grève, mais, cette fois, il est à bout : «Mon épouse ne gagne que 400 euros par mois et devra à présent être imposée. Quant à moi, en plus de la diminution de mes revenus, on m’impose une nouvelle taxe de solidarité… Je ne pourrai pas la payer, qu’ils m’envoient en prison, ce sera toujours mieux que de se retrouver à la rue.»

Grèves en cascade

Jeudi, les rues d’Athènes étaient paralysées par la grève des transports en commun et des taxis, tandis que les enseignants et les employés municipaux leur emboîtaient le pas. Du coup, les Grecs avaient pris leur voiture, contribuant à la constitution d’embouteillages monstres. De leur côté, les contrôleurs aériens ont cessé le travail quatre heures, forçant les compagnies aériennes à annuler ou à reporter des vols. Et ce n’est que le prélude à une fin de mois de septembre et un mois d’octobre qui s’annoncent particulièrement chauds sur le plan ­social.

Aujourd’hui encore, le pays tout entier sera à nouveau largement privé de transports. Dès mardi prochain, les chauffeurs de taxi ont prévu une deuxième grève de quarante-huit heures, renouvelable. Avant la grève générale nationale prévue le 19 octobre prochain, la Grèce va donc vivre sur un rythme chaotique.

Pour Pavlos Tzimas, analyste politique, le malaise est profond. Il risque même, estime-t-il, de se retourner contre le gouvernement : «Cela ne peut plus durer. Tous les trois mois, on annonce aux Grecs un nouveau paquet de mesures d’austérité. Le gouvernement a surestimé son programme de ­rigueur et il a sous-estimé le poids de la récession.»

Les milieux d’affaires s’inquiètent tout autant. «Il n’y a pas de boussole, ce gouvernement ne sachant pas où il va», s’insurge Constantinos Michalos qui dirige la Chambre de commerce et d’industrie d’Athènes.

Presse bourgeoise – Le Figaro, 22/09/2011

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s