La vie sans toit – Sur les expulsions de squats montreuillois et parisiens

A la rue et dans la rue

Pas très marrant de les revoir, ce samedi 6 août, ces enfants qui marchent en chantant: « on veut un toit! Pour qui? Pour tous! », et ces parents qui suivent: « On n’est pas méchants, on veut un logement! » Et les pancartes de Droit Au Logement (DAL) et le porte-voix qui grésillent: « Application de la loi de réquisition! » et les bonnes tronches de Pr Jacquard et Mgr Gaillot. Tout pareil qu’il y a vingt ans. Ou même cinquante-six ans, quand l’abbé Pierre avait lancé son appel pour les sans-abri: « mes amis, au secours! »

La vie sans toit

Cette fois, la crise financière a donné de nouveaux arguments au DAL: « Nous demandons à l’Etat d’obliger les banques et les assurances qu’il a aidées à louer leurs dizaines d’immeubles vides aux sans-logis! Ce n’est quand même pas compliqué! » Ha, ha, ah! Pauvres naïfs!

Sur la passerelle Léopold-Senghor, à Paris, d’où part le petit cortège, flottent des drapeaux de SUD et du Front de Gauche, et il y a en plus les salariés du Samu social, dont le patron, Xavier Emmanuelli, a démissionné pour cause de budgets tronçonnés: « En 2010, 23000 personnes seules n’ont pu être hébergées, et cela va empirer, raconte un infirmier. L’Etat nous a enlevé 20 millions d’euros! Et, même si la Mairie de Paris a un peu amélioré les choses en donnant une enveloppe, dans quinze jours tout sera dépensé! »

Un gars passe en rollers, tendant son chapeau: « Mesdames, messieurs, une pièce pour payer la dette américaine! » Boulevard St-Germain, la petite troupe s’assied par terre, devant le ministère du logement, le temps de clamer ce qu’elle pense du ministre Besnoit Apparu: « La loi DALO, c’est du pipeau!« Et repart, passant devant des boutiques où de petites robes brodées affichent de mesquins « 4990 euros« .

Quelques squatteurs de Montreuil sont là. A l’ancienne, le proprio de l’immeuble a envoyé des gros bras cagoulés tout péter à coups de barres de fer et pulvériser du gaz lacrymo sur les occupants récalcitrants. Ca a duré deux heures, tout ça sous les yeux de la police, « dont le travail a consisté à éloigner les squatteurs« , a dénoncé un ancien maire adjoint de la ville. La maire, Dominique Voynet, a protesté et les squatteurs ont décidé de rester. A Montreuil encore, la police a expulsé un autre squat de 200 personnes, qui dorment aujourd’hui dehors, près du métro Robespierre. Et, la veille, rue de la Banque à Paris, devant le siège du DAL, baptisé « Ministère de la crise du logement », des familles évacuées d’un immeuble du XVIIIeme arrondissement ont dormi sous des tentes, faute de places dans l’immeuble pour accueillir tout le monde. Vers 2h00 du matin, les policiers ont enlevé bâches et couvertures, et hop! Tous sous la pluie, même les enfants!

Sarko l’avait promis en 2007: « je veux que d’ici deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir. Le droit à l’hébergement, c’est une obligation humaine! » Apparemment, l’obligation s’est envolée.

Dominique Simonot

Source: Le Canard Enchaîné, 10/08/2011

Voir des infos supplémentaires sur ces expulsions et mobilisations ici encore ici et

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