[Montreuil, 93] Récit de la manifestation en solidarité avec les squatteu.r.se.s expulsé.e.s – 31 juillet 2011

Un témoignage d’un camarade bisontin présent ce dimanche matin pour cette manif contre les expulsions de squats:

Arrivé sur Montreuil peu avant l’horaire prévu du rassemblement, des camions de CRS et de police nationale quadrillent le quartier. Des bagnoles de la BAC stationnant devant la Maison Qui Pue, on sent immédiatement une atmosphère électrique…
11h00 passées, militants et sympathisants commencent à se rassembler à l’entrée de la rue piétonne à Croix de Chavaux.

Quelques photos du collage dans le quartier avant la manif:

Peu de temps après, le commissaire de police du quartier prend la parole au milieu de la foule pour nous signaler que « nous sommes « tolérés » sur cette place mais qu’il est hors de question de nous laisser partir en manifestation sauvage car ça n’a pas été déposé à la préfecture ». Devant le surnombre de flics dans le
quartier, un petit groupe de personnes rentrent directement en négociation avec le commissaire pour partir manifester dans le quartier (c’est sûr ça fait toujours chier d’aller s’adresser à nos ennemis!)

Peu avant midi, les travailleurs et travailleuses sans-papiers du 94 rue de Sorins, expulsé.e.s la veille par les porcs (voir l’article d’Indymedia Paris en fin d’article) rejoignent le lieu du rassemblement dans une ambiance motivée (avec beaucoup de bruits et de slogans). Quelques prises de paroles sur cette même place pour expliquer à la population du quartier leur situation et l’hypocrisie de la maire. La manif d’environ 500 personnes part en direction du marché.

Tractages, collages en cours de manif et prises de paroles sur plusieurs places, de nombreu.ses.x passant.e.s rejoignent le cortège. Les flics omniprésents cherchent (comme d’hab) la provocation et à encadrer la manif au point de faire des barrages au bout de différentes rues afin de décider du parcours de notre manif. Slogans et chants (dont une version squat sur l’air de la Ravachole vraiment sympa!) rythment cette manif pour terminer sur plusieurs prises de paroles juste à côté de la Bourse du Travail, lieu où les sans-papiers sont « toléré.e.s »: pour combien de temps? pas plus de trois jours selon un camarade! La maire Voynet, en bonne politicienne, qui aime tant gesticuler devant les médias (déjà en temps normal mais encore plus ces derniers jours), n’a rien proposée de concret aux 300 sans-papiers qui n’ont toujours pas de logements depuis samedi.

« La pauvreté n’est pas un délit mais mettre 300 personnes à la rue est un crime! »:

Ni police ni charité, solidarité avec les sans-papiers !
Logements pour tou.te.s !

Voici le tract des habitants des Sorins distribué aujourd’hui à Montreuil lors de la manifestation contre toutes les expulsions. Les habitants ont été chassés hier de la place de la Fraternité où il s’étaient rassemblés suite à l’expulsion. Hier et aujourd’hui ils ont trouvé refuge à la bourse du travail à Croix de Chavaux. Pas encore de nouvelles précises des personnes placées en centre de rétention.

Chassés de partout, toujours debout

Nous habitions le bâtiment situé au 94 rue des Sorins à Montreuil depuis 2008. Plus de 300 personnes : jeunes travailleurs, familles avec enfants, certains ont des papiers d’autres non. Le lieu était vaste, c’était une ancienne usine, nous l’avions occupée pour ne pas dormir dehors. Menacés d’expulsion depuis mai 2010 nous avons été expulsés le samedi 30 juillet, à 7 heures du matin, par une armada policière composée de 50 fourgons qui a occupé le quartier toute la journée.

Alors que nous avions vécu des années sans eau, une convention avait été passée récemment avec la ville, le fournisseur d’eau et nous, et immédiatement nous avions commencé à équiper le bâtiment de sanitaires, inextants juqu’alors. Ces travaux nous les avons payés de notre poche : 5 300 euros pour l’installation des douches et des toilettes, pour l’approvisionnement d’eau dans tout le bâtiement et pour augmenter le nombre de sortie de secours. Des mois auparavant nous avions déjà fait pour 3080 euros de travaux pour mettre l’électricité aux normes et des démarches étaient en cours avec EDF concernant l’arrivée élecrtique au compteur. À la veille de l’expulsion, le vendredi 29 juillet, nous avions lancé un appel aux responsables de la mairie pour venir voir les travaux que la mairie avait elle-même exigés de nous. Le lendemain, tôt le matin nous avons été expulsés de notre logement.

Lors de l’expulsion, après nous avoir trié entre ceux ayant des papiers et ceux n’en ayant pas, la préfecture, par souci de nous diviser, a proposé des relogements de 15 jours à des familles, que certaines ne pouvaient qu’accepter. Une proposition à laquelle l’assemblée des habitants étaient majoritairement opposée, comme une offense à la forte solidarité qui existe entre nous. Le bras droit du préfet a même osé donner à choisir à l’un de nos délégués entre l’hôtel dans le silence ou le Mali avec fracas. Nous considérons que cette proposition n’était pas un moyen de répondre à cette situation, mais de la faire disparaître dans le mépris. La préfecture a d’ailleurs procédé à 80 interpellations. Au dernière nouvelle il semblerait que 12 habitants aient été placés en centre de rétention. Nous exigeons qu’ils soient libérés immédiatement.

Dans l’aprés-midi du samedi, les quelques soutiens des habitants de l’usine et des habitants des Sorins ont été pris dans une nasse policière qui a frappé sans raison, les personnes réunies, avec la volonté délibérée de procéder à des interpellations, sans accorder aucune considération au vice-consul du Mali, présent sur les lieux, qui tentait de négocier la libération immédiate du groupe piégé. Environ 80 personnes ont été ainsi emmenées au commissariat du 18ème, et relâchés relativement rapidement.

Nous, les habitants des Sorins, demandons depuis le début une table ronde avec la préfecture et la mairie, qui ne cessent de se renvoyer les responsabilités l’une à l’autre, mais qui sont fondamentalement d’accord pour nous faire disparaître, mais nous ne lâcherons rien, et exigeons toujours des relogements définitifs pour tous les habitants et la régularisation pour toutes et tous. Et vite !

Le collectif des habitants du 94 rue des Sorins

Indymedia Paris, 31/07/2011

2 réflexions sur “[Montreuil, 93] Récit de la manifestation en solidarité avec les squatteu.r.se.s expulsé.e.s – 31 juillet 2011

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