Lausanne détruit les abris des Roms à la pelleteuse
Démolitions | Depuis quelques nuits, des mendiants Roms dormaient dans des cabanons abandonnés à Vidy. Ils ont été détruits
© Opre Rrom | La pelleteuse entrée en action jeudi est revenue lundi.
Lundi vers 11 heures, le municipal lausannois de la police Marc Vuilleumier s’est rendu avec quelques policiers et une pelleteuse au lieu-dit les Prés de Vidy, des jardins familiaux récemment abandonnés, coincés entre l’autoroute et le cimetière du Bois-de-Vaux. C’est sur ce lieu bucolique que devra s’élever le futur stade de Vidy. La machine de chantier a épargné les cabanons de la partie nord du site qu’occupe le collectif de jeunes cultivateurs alternatifs La Bourdache avec qui la Municipalité termine des négociations. En revanche, elle a jeté à bas environ huit cabanes qu’une dizaine de mendiants Roms occupaient depuis quelques nuits.
Quelques-uns étaient présents: la police les a fait sortir de leurs abris avant la destruction. Avec les membres du collectif Bourdache, ils ont réussi à sauver une partie des meubles. Il n’en reste pas moins qu’au milieu des fleurs et des herbes folles, les bâtiments jetés à terre laissent entrevoir des grossiers matelas éventrés, une paire de chaussure, des sièges de voitures ou des livres religieux.
Le popiste Marc Vuilleumier ne cache pas un certain désarroi: «Mais nous avions décidé de détruire les cabanons, dont certains contiennent de l’amiante, pour laisser les archéologues faire des sondages avant la construction du stade. Et surtout la Municipalité n’interdit pas la mendicité, mais a décidé de ne pas laisser des camps de Roms s’installer de manière permanente».
De bons voisins
Une attitude qui s’explique peut-être par l’initiative des libéraux-radicaux d’interdire «la mendicité par métier». Mais elle désole le collectif La Bourdache: «Les Roms se sont comportés en bons voisins, ne nous causant pas le moindre souci».
Elle désole encore plus le collectif Opre Rrom qui défend le sort de ces mendiants venus de Roumanie. Véra Tchérémissinoff, coordinatrice du groupe, constate avec amertume: «Si la mendicité est autorisée, il faut bien que les mendiants dorment quelque part. Ils ont essayé dans leur voiture et dans les parcs, la police les a chassés. Les campings les refusent».
La police lausannoise a été prévenue dimanche 17 juillet par des voisins. Jeudi dernier, la pelleteuse est venue une première fois, mais Opre Rrom a pu arrêter les travaux et a écrit à la Municipalité. Marc Vuilleumier promet d’ouvrir des discussions. La pelleteuse a fourni hier un début de réponse: pas question de campement sauvage.
Presse bourgeoise – Tribunal de Genève (Justin Favrod), 25.07.2011 | 18:59
Roms chassés de chez eux à coup de pelleteuse
par Raphaël Pomey – Accompagnée d’une poignée de policiers, une machine de chantier a détruit les abris de fortune de Roms installés dans d’anciens cabanons de jardin.
Ambiance lourde, hier vers midi, dans les anciens jardins familiaux des Prés-de-Vidy, à Lausanne. Quelques heures auparavant, une pelleteuse avait détruit plusieurs cabanons, dans ce secteur quasi-abandonné de la ville. But de la manœuvre, déloger les familles roms installées depuis environs deux semaines dans cet ancien bout de paradis de la capitale olympique, où doit pousser dans quelques années un futur stade de foot «à l’anglaise».
Pourquoi les chasser d’ici?
«On les a chassé des parkings en ville, puis des parcs publics, maintenant on les chasse aussi ici», déplore une dame de l’association lausannoise Opre Rrom, qui défend les Roms en ville de Lausanne. «A supposer que le but des autorités est qu’on ne les voie pas dans la rue, pourquoi venir les déloger d’ici», demande un autre militant. Un mendiant bien connu des Lausannois pour son humour se met à danser sur le toit d’une maison dévastée, saluant ironiquement l’action des autorités d’un pouce levé en l’air: «Mets ces images dans le journal, surtout», dit-il, toujours souriant malgré l’absence de toit où dormir la nuit prochaine. Pendant ce temps, un vieillard moustachu, l’air épuisé, observe le paysage gris entourant les ruines de la maison qu’il occupait encore la veille.
«Nous avions écris une lettre au Municipal de la Police pour lui demander de tolérer provisoirement la présence des Roms ici, voici sa réponse», soupire une membre d’Opre Rrom, venue constater les dégâts auprès de ses camarades.
Une décision prise de longue date
Interrogé hier par «20 minutes», le municipal POP de la police, Marc Vuilleumier jure avoir pris la décision de faire raser les cabanons de longue date: «Des fouilles archéologiques doivent débuter sur place en août», explique-t-il. Il précise que certaines cahutes n’ont pas été touchés car un collectif les occupant à la manière d’un squat a passé un accord avec la Ville. «Comme ils s’entendent bien avec les mendiants, les membres du collectif les accueilleront sans doute pour la nuit.»
Un risque de formation de «village Rom»
Le municipal lausannois, sur place lors de l’intervention de la pelleteuse, lâche néanmoins que la destruction de cabanons vise aussi à empêcher la formation d’un «camp de Roms», comme cela a déjà pu se passer en France. «Le message est le suivant: à Lausanne, la mendicité est tolérée, mais nous ne voulons pas de petits villages Roms. Or il y avait dans ce secteur le risque qu’un tel regroupement se passe. Un habitant l’a d’ailleurs lui-même confirmé.»
Presse bourgeoise – 20minutes.ch, 25/07/2011
J’habite à Lausanne et je suis à la renverse de voir que Vuillemier le popiste est pareil aux autres, merci pour cet article. Je vous embrasse
J’ai vécu mon enfance à Vidy. A cet emplacement, qu’on appelait "La Place Noire" vue sa dangerosité suite aux travaux effectués pour l’expo nationale de 1964, les caravanes y étaient parquées. Dans l’une, fuite de gaz et boum!
Les caravanes ont été dégagées fissa fissa pour y mettre des baraquements provisoires afin d’y loger les étudiants de l’EPFL. Dès lors, des bâtiments mieux agencés ont été construits dans et autour du campus. Je ne savais même pas qu’il y en restaient quelques uns, car plusieurs ont été détruits.
Une entreprise y a installer ces bureaux et une autre partie en parc pour éduquer les chiens.
L’ex "Place Noire" est devenue bien petite pour y construire un stade. C’est quoi pour une excuse bidon?! Que ce soit réaffecter à quelque chose, soit?! Mais jamais entendu parlé d’un stade!!!